Le Vieil Ordre Mondial UK-USA
Par Nos Libertés le jeudi 19 mars 2009, 08:56 - Lien permanent
L'empire britannique s'est associé, depuis plus d'un siècle, avec les USA pour exercer une domination mondiale avec des outils de décision centralisés, non élus et non démocratiques sur le modèle de "La Table Ronde". Lorsque George Herbert Walker Bush parla en 1990 du "Nouvel Ordre Mondial", c'était une façon plus « sexy » de parler de la domination de l'empire anglo-américain sur la planète entière. En France, ce "Vieil Ordre Mondial" profite seulement à quelques multinationales, Sanofi, Total, Aréva, Danone, L'Oréal, etc. et n'a absolument rien de démocratique.
La chronologie de la mise en place de cette dictature anglo-américaine, dont nos médias parlent si peu :
1913 : Création de la Fed (Federal Reserve) : Washington
1920 : RIIA (Royal Institute for International Affairs, aujourd'hui appelé "Chatham House") : Londres
1921 : CFR (Council on Foreign Relation) : New York
1945 : ONU (Organisation des Nations Unies) : New York
1945 : BM (Banque Mondiale) : Washington
1945 : FMI (Fond Monétaire International) : Washington
1945 : FAO (Food and Alimentation Organisation) : Rome
1947 : OMC (Organisation Mondiale du Commerce, auparavant Gatt) : Genève
1948 : OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : Genève
1954 : Groupe Bilderberg
1957 : AIEA (Agence Internationale de l'Énergie Atomique) : Vienne
1963 : Codex Alimentarius : Rome
1973 : Trilatérale
1973 : Premier choc pétrolier, organisé par les sept majors du pétrole, afin créer une situation de crise permanente et de mettre fin à la remise en question du système, initiée en 1968 (voir notre article à ce sujet : "L'Empire").
Pour consulter le documentaire d'Alex Jones en entier en version originale : "The Obama Deception"
Pour acheter le DVD
Commentaires
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_...
Ordre du Temple
Cet article traite des Templiers d'un point de vue strictement historique. Pour plus de détails sur les légendes et les théories aujourd'hui non validées sur l'ordre du Temple voir l'article Légendes au sujet des Templiers
Ordre du Temple
Type Ordre militaire
Création 13 janvier 1129
Concile de Troyes
Reconnaissance canonique 29 mars 1139
Fin 13 mars 1312
Concile de Vienne
Fondateur(s): Hugues de Payns
Spiritualité: Règle de l'ordre du Temple
Liste des ordres religieux
Projets Catholicisme et Cliopédia
L'ordre du Temple était un ordre religieux et militaire international issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, ses membres étaient appelés les Templiers. Cet ordre fut créé le 22 janvier 11291 à partir d'une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il œuvra pendant les xiie et xiiie siècles à l'accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête. Afin de mener à bien ses missions et notamment d'en assurer le financement, il constitua à travers toute l'Europe chrétienne et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Cette activité soutenue fit de l'ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l'époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux.
Après la perte définitive de la Terre sainte en 1291, l'ordre fut victime de la lutte entre la papauté et Philippe le Bel et fut dissout par le pape Clément V le 13 mars 13122 à la suite d'un procès en hérésie. La fin tragique de l'ordre mena à nombre de spéculations et de légendes sur son compte.
Salle d'honneur de la commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon, Aveyron, France.
Naissance de l'ordre du Temple
Le contexte politico-militaire
Le pape Urbain II prêchant la Ire croisade, Grandes Chroniques de France enluminées par Jean Fouquet vers 1455-1460
Le pape Urbain II prêcha la première croisade le 27 novembre 1095, dixième jour du concile de Clermont. La motivation du pape à voir une telle expédition militaire prendre forme venait du fait que les pèlerins chrétiens en route vers Jérusalem étaient régulièrement victimes d'exactions voire d'assassinats3.
Le pape demanda donc au peuple chrétien d'Occident de prendre les armes afin de venir en aide aux chrétiens d'Orient. Cette croisade eut alors comme cri de ralliement « Dieu le veut ! » et tous ceux qui prirent part à la croisade furent marqués par le signe de la croix, devenant ainsi les croisés. Cette action aboutit le 15 juillet 1099 à la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon.
Hugues de Payns, futur fondateur et premier maître de l'ordre du Temple, vint pour la première fois en Terre Sainte en 1104 pour accompagner le comte Hugues de Champagne, alors en pèlerinage5. Ils en revinrent en 11076.
Les prémices de l'ordre du Temple
Élection de Godefroy de Bouillon au titre d'Avoué du Saint-Sépulcre. Manuscrit réalisé à Acre vers 1280.
Après la prise de Jérusalem, Godefroy de Bouillon fut désigné roi de Jérusalem par ses pairs, titre qu'il refusa, préférant porter celui d'Avoué du Saint-Sépulcre. Il mit en place l'ordre des chanoines du Saint-Sépulcre qui avait pour mission d'aider le patriarche de Jérusalem dans ses diverses tâches. Un certain nombre d'hommes d'arme, issus de la croisade, se mirent alors au service du patriarche afin de protéger le Saint-Sépulcre7.
Une institution similaire constituée de chevaliers, appelés chevaliers de Saint-Pierre (milites sancti Petri), fut créée en Occident pour protéger les biens des abbayes et églises. Ces chevaliers étaient des laïcs, mais ils profitaient des bienfaits des prières. Par extension, les hommes chargés d'assurer la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines étaient appelés milites sancti Sepulcri (chevaliers du Saint-Sépulcre). Il est fort probable qu'Hugues de Payns intégra cette institution dès 11158. Tous les hommes chargés de la protection du Saint-Sépulcre logeaient à l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem situé tout près.
Lorsque l'ordre de l'Hôpital, reconnu en 1113, fut chargé de s'occuper des pèlerins venant d'Occident, une idée naquit : créer une milice du Christ (militia Christi) qui ne s'occuperait que de la protection de la communauté de chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de Terre Sainte, alors en proie aux brigands locaux. Ainsi, les chanoines s'occuperaient des affaires liturgiques, l'ordre de l'Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction purement militaire de protection des pèlerins. Cette répartition ternaire des tâches reproduisait l'organisation de la société médiévale, qui était composée de prêtres (oratores), de guerriers (bellatores) et de paysans (laboratores)9.
C'est ainsi que l'ordre du Temple, qui se nommait à cette époque militia Christi, prit naissance.
La fondation de l'ordre du Temple
Baudouin II cédant une partie de son palais de Jérusalem à Hugues de Payns et Geoffroy de St-Omer. Histoire d'Outre-Mer, Guillaume de Tyr, xiiie siècle.
C'est le 23 janvier 1120, lors du concile de Naplouse10que naquit, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et Geoffroy de St-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin : pauperes commilitones Christi Templique Solomonici), qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem.
Dans un premier temps, Payns et St-Omer se concentrèrent sur le défilé d'Athlit, un endroit particulièrement dangereux sur la route empruntée par les pèlerins. Par la suite, l'une des plus grandes places fortes templières en Terre Sainte fut construite à cet endroit : le château Pèlerin.
Le nouvel ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu'avec l'appui de personnes influentes. Hugues de Payns réussit à convaincre le roi de Jérusalem Baudouin II de l'utilité d'une telle milice, chose assez aisée au vu de l'insécurité régnant dans la région à cette époque. Les chevaliers prononcèrent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils reçurent du patriarche Gormond de Picquigny la mission de « garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins » (« ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latrones »11) pour la rémission de leurs péchés.
Le roi Salomon tenant le Temple dans ses mains. Sculpture du portail de la cathédrale de Laon, France
Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem, à l'emplacement du Temple de Salomon, qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple. Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer ne furent pas les seuls chevaliers à avoir fait partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l'ordre du Temple. Voici donc la liste de ces chevaliers, précurseurs ou "fondateurs" de l'ordre12,13 :
Hugues de Payns, originaire de Payns en Champagne ;
Geoffroy de St-Omer, originaire de Saint-Omer dans le comté de Flandre ;
André de Montbard, originaire de la Bourgogne ;
Payen de Montdidier, originaire de la Somme en Picardie ;
Geoffroy Bisol, originaire de Frameries dans le comté de Hainaut ;
Rolland, originaire du marquisat de Provence ;
Archambault de Saint-Amand ;
Gondemare.
Le premier don (de trente livres angevines) reçu par l'ordre du Temple vint de Foulque, comte d'Anjou, qui devint par la suite roi de Jérusalem14.
La recherche de soutien [modifier]
Cependant, la notoriété de la milice ne parvenait pas à s'étendre au-delà de la Terre Sainte et c'est pourquoi Hugues de Payns, accompagné de cinq autres chevaliers (Godefroy de St-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de St-Amand et Rolland), embarqua pour l'Occident en 112715 afin de porter un message destiné au pape Honorius II et à Bernard de Clairvaux.
Fort du soutien du roi Baudouin et des instructions du patriarche Gormond de Jérusalem, Hugues de Payns avait les trois objectifs suivants15:
faire reconnaître la milice par l'Église et lui donner une règle : rattachés aux chanoines du Saint-Sépulcre, les chevaliers suivaient comme eux la règle de saint Augustin ;
donner une légitimité aux actions de la milice puisque la dénomination de moine-chevalier, un amalgame d'une nouveauté absolue, pouvait être en contradiction avec les règles de l'Église et de la société en général ;
recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre la milice en Terre Sainte.
La tournée occidentale des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon commença en Anjou et passa ensuite par le Poitou, la Normandie, l'Angleterre (où ils reçurent de nombreux dons), la Flandre et enfin la Champagne11.
Cette démarche d'Hugues de Payns, accompagné de ces cinq chevaliers et soutenu par le roi de Jérusalem, suivait deux tentatives infructueuses qui avaient été faites par André de Montbard et Gondemare, probablement en 1120 et 1125.
Le concile de Troyes
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes
Arrivant à la fin de sa tournée en Occident et après avoir porté le message du roi de Jérusalem à Bernard de Clairvaux afin qu'il aidât les Templiers à obtenir l'accord et le soutien du pape, Hugues de Payns participa au concile de Troyes (ainsi nommé parce qu'il s'est déroulé dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes).
Le 13 janvier 1129, le concile s'ouvrit en présence de nombreuses personnalités religieuses dont le prologue de la règle primitive du Temple donne les noms : le cardinal Mathieu d'Albano, légat du pape en France, les archevêques de Reims et de Sens, ainsi que dix de leurs évêques suffragants, quatre abbés cisterciens (ceux de Cîteaux, Clairvaux, Pontigny et Troisfontaines), deux abbés clunisiens (ceux de Molesmes et Vézelay), deux chanoines, deux maîtres et un secrétaire.
En plus des religieux, se trouvaient des personnages laïcs Thibaut IV de Blois, comte de Champagne, André de Baudement, sénéchal du comté de Champagne, Guillaume II, comte de Nevers, Auxerre et Tonnerre.
Le concile mena à la création de l'ordre du Temple et le dota d'une règle propre. Celle-ci prit pour base la règle de saint Benoît (présence des cisterciens Bernard de Clairvaux et Étienne Harding, fondateur de Cîteaux) avec néanmoins quelques emprunts à la règle de saint Augustin, que suivaient les chanoines du Saint-Sépulcre aux côtés desquels vécurent les premiers Templiers. Une fois la règle adoptée, elle devait encore être soumise à Étienne de Chartres, patriarche de Jérusalem.
L'Éloge de la Nouvelle Milice
L'Éloge de la Nouvelle Milice (De laude novae militiae) est une lettre que saint Bernard de Clairvaux envoya à Hugues de Payns, dont le titre complet était Liber ad milites Templi de laude novae militiae19 et écrite après la défaite de l'armée franque au siège de Damas en 1129.
Bernard y souligne l'originalité du nouvel ordre : le même homme se consacre autant au combat spirituel qu'aux combats dans le monde.
« Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies. (§1) »
De plus, ce texte contenait un passage important où saint Bernard expliquait pourquoi les Templiers avaient le droit de tuer un être humain :
« Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. […] Lors donc qu'il tue un malfaiteur, il n'est point homicide mais Malicide. […] La mort qu'il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu'il reçoit, le sien propre. […] »
Mais pour cela, il fallait que la guerre soit "juste". C'est l'objet du §2 de L'Éloge de la Nouvelle Milice. Bernard est conscient de la difficulté d'un tel concept dans la pratique, car si la guerre n'est pas juste, vouloir tuer tue l'âme de l'assassin :
« Toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. [...] la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. (§2) »
Bernard fait donc bien l'éloge de la Nouvelle Milice, mais non sans nuances et précautions... Tous ses §7 & 8 (= ch. IV) tracent un portrait volontairement idéal du soldat du Christ, afin de le donner comme un modèle qui sera toujours à atteindre.
Cet éloge permit aux Templiers de rencontrer une grande ferveur et une reconnaissance générale : grâce à saint Bernard, l'ordre du Temple connut un accroissement significatif : bon nombre de chevaliers s'engagèrent pour le salut de leur âme ou, tout simplement, pour prêter main forte en s'illustrant sur les champs de bataille.
La reconnaissance pontificale
Plusieurs bulles pontificales officialisèrent le statut de l'ordre du Temple.
Exemple de bulle papale
La bulle Omne datum optimum a été fulminée (rendue publique) par le pape Innocent II le 29 mars 113921 sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'ordre du Temple. Elle fut d'une importance capitale pour l'ordre puisqu'elle était à la base de tous les privilèges dont jouissaient les Templiers. En effet, grâce à elle, les frères du Temple eurent droit à la protection apostolique ainsi que d'avoir leurs propres prêtres.
On vit donc une nouvelle catégorie émerger dans la communauté, celle des frères chapelains qui officieraient pour les Templiers. De plus, cette bulle confirma le fait que l'ordre du Temple n'était soumis qu'à l'autorité du pape. La bulle créa aussi une concurrence pour le clergé séculier (ce que ce dernier vit souvent d'un mauvais œil). De nombreux conflits d'intérêt éclatèrent entre les Templiers et les évêques ou les curés.
Les privilèges qu'elle accorda étant souvent remis en cause, la bulle Omne datum optimum fut confirmée douze fois entre 1154 et 1194, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il ne fut pas aisé de retrouver l'originale22.
La bulle Milites Templi (Chevaliers du Temple) a été fulminée le 9 janvier 114423 par le pape Célestin II. Elle permit aux chapelains du Temple de prononcer l'office une fois par an dans des régions ou villes interdites, « pour l'honneur et la révérence de leur chevalerie », sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l'église. Mais ce n'est en réalité qu'une confirmation de la bulle Omne datum optimum.
La bulle Militia Dei (Chevalerie de Dieu) a été fulminée par le pape Eugène III, le 7 avril 114523. Cette bulle permit aux Templiers de construire leurs propres oratoires, mais aussi de disposer d'une totale indépendance vis-à-vis du clergé séculier grâce au droit de percevoir des dîmes et d'enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. De plus, la protection apostolique fut étendue aux familiers du Temple (leurs paysans, troupeaux, biens…).
Des plaintes furent déposées par des Templiers auprès du pape concernant le fait que le clergé prélevait un tiers du legs fait par les personnes désireuses de se faire enterrer dans les cimetières de l'ordre. La bulle Dilecti filii ordonna en conséquence au clergé de ne se contenter que d'un quart des legs24.
Organisation et mission de l'ordre
Règle et statuts
Après le concile de Troyes, où l'idée d'une règle propre à l'ordre du Temple a été acceptée, la tâche de la rédiger fut confiée à Bernard de Clairvaux, qui lui-même la fit écrire par un clerc qui faisait sûrement partie de l'entourage du légat pontifical présent au concile, Jean Michel (Jehan Michiel)18, sur des propositions faites par Hugues de Payns.
La règle de l'ordre du Temple faisait quelques emprunts à la règle de saint Augustin mais s'inspirait en majeure partie de la règle de saint Benoît suivie par les moines bénédictins. Elle fut cependant adaptée au genre de vie active, principalement militaire, que menaient les frères templiers. Par exemple, les jeûnes étaient moins sévères que pour les moines bénédictins, de manière à ne pas affaiblir les Templiers appelés à combattre. Par ailleurs, la règle était adaptée à la bipolarité de l'ordre, ainsi certains articles concernaient aussi bien la vie en Occident (conventuelle) que la vie en Orient (militaire).
La règle primitive (ou latine car rédigée en latin), écrite en 1128, fut annexée au procès-verbal du concile de Troyes en 1129 et contenait soixante-douze articles. Toutefois, vers 1138, sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'ordre (1136-1149), la règle primitive fut traduite en français et modifiée. Par la suite, à différentes dates, la règle fut étoffée par l'ajout de six cent neuf retraits ou articles statutaires, notamment à propos de la hiérarchie et de la justice au sein de l'ordre.
De sa fondation et durant toute son existence, l'ordre ne s'est pas doté d'une devise.
La réception dans l'ordre
Les commanderies avaient, entre autres, pour rôle d'assurer de façon permanente le recrutement des frères. Ce recrutement devait être le plus large possible. Ainsi, les hommes laïcs de la noblesse et de la paysannerie libre pouvaient prétendre à être reçus s'ils répondaient aux critères exigés par l'ordre.
Tout d'abord, l'entrée dans l'ordre était gratuite et volontaire. Le candidat pouvait être pauvre. Avant toute chose, il faisait don de lui-même. Il était nécessaire qu'il fût motivé car il n'y avait pas de période d'essai par le noviciat. L'entrée était directe (prononciation des vœux) et définitive (à vie).
Les principaux critères étaient les suivants :
être âgé de plus de 18 ans (la majorité pour les garçons était fixée à 16 ans) (article 58)
ne pas être fiancé (article 669)
ne pas faire partie d'un autre ordre (article 670)
ne pas être endetté (article 671)
être en parfaite santé mentale et physique (ne pas être estropié) (article 672)
n'avoir soudoyé personne pour être reçu dans l'ordre (article 673)
être homme libre (le serf d'aucun homme) (article 673)
ne pas être excommunié (article 674)
Le candidat était prévenu qu'en cas de mensonge prouvé, il serait immédiatement renvoyé. « ... si vous en mentiez, vous en seriez parjure et en pourriez perdre la maison, ce dont Dieu vous garde. » (Extrait de l’article 668)
Hiérarchie
Les Templiers étaient organisés comme un ordre monastique, suivant la règle créée pour eux par Bernard de Clairvaux. Dans chaque pays était nommé un maître qui dirigeait l'ensemble des commanderies et dépendances et tous étaient sujets du maître de l'ordre, désigné à vie, qui supervisait à la fois les efforts militaires de l'ordre en Orient et ses possessions financières en Occident.
Avec la forte demande de chevaliers, certains parmi eux se sont aussi engagés à la commande pendant une période prédéterminée avant d'être renvoyés à la vie séculière, comme les Fratres conjugati, qui étaient des frères mariés. Ils portaient le manteau noir ou brun avec la croix rouge pour les distinguer des frères ayant choisi le célibat et qui n'avaient pas le même statut que ces derniers.
Les frères servants (frères casaliers et frères de métiers) étaient choisis parmi les sergents qui étaient d'habiles marchands ou alors incapables de combattre en raison de leur âge ou d'une infirmité. La grande majorité des Templiers, incluant les chevaliers et les maîtres de l'ordre, étaient incultes et illettrés, n'étant pas issus de la haute noblesse mais de familles plus obscures.
À tout moment, chaque chevalier avait environ dix personnes dans des positions de soutien. Quelques frères seulement se consacraient aux opérations bancaires (spécialement ceux qui étaient éduqués), car l'ordre a souvent eu la confiance des participants aux croisades pour la bonne garde de marchandises précieuses. Cependant, la mission première des Chevaliers du Temple restait la protection militaire des pèlerins de Terre sainte.
Les maîtres de l'ordre du Temple [modifier]
L'expression « grand maître » pour désigner le chef suprême de l'ordre est apparue à la fin du xiiie siècle et au début du xive siècle dans des chartes tardives et dans les actes du procès des Templiers. Puis, elle a été reprise et popularisée par certains historiens des xixe et xxe siècles. Elle est aujourd'hui largement répandue. Or, ce grade n'existait pas dans l'ordre et les Templiers eux-mêmes ne semblaient pas l'utiliser25. Cependant, dans des textes tardifs apparaissent les qualificatifs de « maître souverain » ou « maître général » de l'ordre. Dans la règle et les retraits de l'ordre, il est appelé Li Maistre et un grand nombre de dignitaires de la hiérarchie pouvaient être appelés ainsi sans l'adjonction d'un qualificatif particulier. Les précepteurs des commanderies pouvaient être désignés de la même façon. Il faut donc se référer au contexte du manuscrit pour savoir de qui l'on parle. En Occident comme en Orient, les hauts dignitaires étaient appelés maîtres des pays ou provinces : il y avait donc un maître en France, un maître en Angleterre, un maître en Espagne, etc. Aucune confusion n'était possible puisque l'ordre n'était dirigé que par un seul maître à la fois, celui-ci demeurant à Jérusalem. Pour désigner le chef suprême de l'ordre, il convient de dire simplement le maître de l'ordre et non grand maître.
Durant sa période d'existence, s'étalant de 11291 à 13122, soit 183 ans, l'ordre du Temple a été dirigé par vingt-trois maîtres.
Voir l’article annexe : Liste chronologique des maîtres de l'ordre du Temple.
Protection des pèlerins et garde de reliques
Des pèlerins admirent les reliques et les instruments de la Passion à Constantinople. Dans l'église de gauche, la sainte Lance, la sainte Croix et les clous. Dans celle de droite, la Couronne d'épines. Enluminure du xve siècle
La vocation de l'ordre du Temple était la protection des pèlerins chrétiens pour la Terre sainte. Ce pèlerinage comptait parmi les trois plus importants de la chrétienté du Moyen Âge. Il durait plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied, ainsi qu'en bateau pour la traversée de la mer Méditerranée. Les convois partaient deux fois par an, au printemps et en automne 24. Généralement, les pèlerins étaient débarqués à Acre, appelée aussi Saint-Jean-d'Acre, puis devaient se rendre à pied sur les lieux saints. En tant que gens d'armes (gendarme), les Templiers sécurisaient les routes, en particulier celle de Jaffa à Jérusalem et celle de Jérusalem au Jourdain. Ils avaient également la garde de certains lieux saints : Bethléem, Nazareth, le Mont des Oliviers, la vallée de Josaphat, le Jourdain, la colline du Calvaire et le Saint-Sépulcre à Jérusalem.
Tous les pèlerins avaient droit à la protection des Templiers. Ainsi, ces derniers participèrent aux croisades, pèlerinages armés, pour effectuer la garde rapprochée des souverains d'Occident. Aussi, en 1147, les Templiers prêtèrent main forte à l'armée du roi Louis VII attaquée dans les montagnes d'Asie Mineure durant la deuxième croisade (1147-1149). Cette action permit la poursuite de l'expédition et le roi de France leur en fut très reconnaissant. Lors de la troisième croisade (1189-1192), les Templiers et les Hospitaliers assuraient respectivement l'avant-garde et l'arrière-garde de l'armée de Richard Cœur de Lion dans les combats en marche. Lors de la cinquième croisade, la participation des ordres militaires, et donc les Templiers, a été décisive dans la protection des armées royales de Louis IX devant Damiette.
L'ordre du Temple a aidé exceptionnellement les rois en proie à des difficultés financières. À plusieurs reprises dans l'histoire des croisades, les Templiers renflouèrent les caisses royales momentanément vides (croisade de Louis VII), ou payèrent les rançons de rois faits prisonniers (croisade de Louis IX).
En Orient comme en Occident, l'ordre du Temple était en possession de reliques. Il était parfois amené à les transporter pour son propre compte ou bien convoyait des reliques pour autrui. Les chapelles templières abritaient les reliques des saints auxquelles elles étaient dédiées. Parmi les plus importantes reliques de l'ordre se trouvaient le manteau de saint Bernard, des morceaux de la couronne d'épines, des fragments de la Vraie Croix.
Les sceaux templiers [modifier]
Reproduction de sceau templier lors d'une exposition à Prague
Article détaillé : Sceaux des Chevaliers du Temple.
Le mot sceau vient du latin sigillum signifiant marque. C'est un cachet personnel qui authentifie un acte et atteste d'une signature. Il existe une vingtaine de sceaux templiers connus. Ils appartenaient à des maîtres, hauts dignitaires, commandeurs ou chevaliers de l'ordre au xiiie siècle. Leurs diamètres varient entre quinze et cinquante millimètres. Les sceaux templiers français sont conservés au service des sceaux des Archives nationales de France. Le sceau templier le plus connu est celui des maîtres de l'ordre sigilum militum xristi qui représente deux chevaliers armés chevauchant le même cheval.
Il n'y a pas de consensus établi sur le symbolisme des deux chevaliers sur un même cheval. Contrairement à une idée souvent répétée, il ne s'agirait pas de mettre en avant l'idéal de pauvreté puisque l'ordre fournissait au moins trois chevaux à ses chevaliers. L'historien Georges Bordonove exprime une hypothèse qui peut se prévaloir d'un document d'époque avec Bernard dans son De laude nouae militiae26.
« Leur grandeur tient sans doute à cette dualité quasi institutionnelle : moine, mais soldat [...] Dualité qu'exprime peut-être leur sceau le plus connu qui montre deux chevaliers, heaumes en têtes, lances baissées, sur le même cheval : le spirituel et le temporel [...] chevauchant la même monture, menant au fond le même combat, mais avec des moyens différents27.) »
Alain Demurger explique pour sa part que certains historiens ont cru y reconnaître les deux fondateurs de l'ordre, Hughes de Payns et Godefroy de Saint-Omer. Il retient cependant une autre explication : Le sceau symboliserait la vie commune, l'union et le dévouement.28
Tenues des chapitres
Salle du chapitre de la commanderie de Coulommiers.
Un chapitre (Latin : capitulum, diminutif de caput, sens premier : « tête ») est une partie d'un livre qui a donné son nom à la réunion de religieux dans un monastère durant laquelle étaient lus des passages des textes sacrés ainsi que des articles de la règle. L'usage vient de la règle de saint Benoît qui demandait la lecture fréquente d'un passage de la règle à toute la communauté réunie (RB §66, 8). Par extension, la communauté d'un monastère est appelée le chapitre. La salle spécifiquement bâtie pour recevoir les réunions de chapitre est aussi appelée « salle capitulaire », « salle du chapitre », ou tout simplement « chapitre ». La tenue se déroule à huis clos et il est strictement interdit aux participants de répéter ou de commenter à l'extérieur ce qui s'est dit durant le chapitre.
Dans l'ordre du Temple, il existait deux types de réunion de chapitre : le chapitre général et le chapitre hebdomadaire.
Le transport maritime [modifier]
Le lien entre l'Orient et l'Occident était essentiellement maritime. Pour les Templiers, l'expression "outre-mer" désignait l'Europe tandis que « l'en-deçà des mers » et plus précisément de la mer Méditerranée, représentait l'Orient. Afin d'assurer le transport des biens, des armes, des frères de l'ordre, des pèlerins et des chevaux, l'ordre du Temple avait fait construire ses propres bateaux. Il ne s'agissait pas d'une flotte importante, comparable à celles des xive et xve siècles, mais de quelques navires qui partaient des ports de Marseille, Saint-Raphaël, Collioure24 ou d'Aigues-Mortes en France et d'autres ports italiens. Ces bateaux se rendaient dans les ports orientaux après de nombreuses escales.
Plutôt que de financer l'entretien de navires, l'ordre pratiquait la location de bateaux de commerce appelés « nolis ». Inversement, la location de nefs templières à des marchands occidentaux était pratiquée. Il était d'ailleurs financièrement plus avantageux d'accéder aux ports exonérés de taxes sur les marchandises que de posséder des bateaux. Les commanderies situées dans les ports jouaient donc un rôle important dans les activités commerciales de l'ordre. Des établissements templiers étaient installés à Gênes, Pise ou Venise, mais c'était dans le sud de l'Italie, plus particulièrement à Brindisi, que les nefs templières méditerranéennes passaient l'hiver.
Les Templiers d'Angleterre se fournissaient en vin du Poitou à partir du port de La Rochelle29.
On distinguait deux sortes de bateaux, les nefs et les galères. Il n'est pas prouvé que des huissiers, c'est-à-dire les bateaux munis d'un huis (autrement dit d'une porte) et réservés au transport des chevaux, aient appartenu au Temple.
L'article 119 des retraits de la Règle indique que « tous les vaisseaux de mer qui sont de la maison d'Acre sont au commandement du commandeur de la terre. Et le commandeur de la voûte d'Acre, et tous les frères qui sont sous ses ordres sont en son commandement et toutes les choses que les vaisseaux apportent doivent être rendues au commandeur de la terre. »
Le port d'Acre était le plus important de l'ordre. La voûte d'Acre était le nom d'un des établissements possédés par les Templiers dans la ville, celui-ci se trouvant près du port. Entre la rue des Pisans et la rue Sainte-Anne, la voûte d'Acre comprenait un donjon et des bâtiments conventuels30.
Voici les noms de navires du Temple29 :
Le Templère, le Buscart, le Buszarde du Temple vers 1230 reliant l'Angleterre au continent
La Bonne Aventure en 1248, la Rose du Temple en 1288-1290 à Marseille
L'Angellica en Italie du sud
Le Faucon en 1291 et 1301 ainsi que La Santa Anna en 1302 à Chypre.
Les Templiers
Des hommes de toutes origines et de toutes conditions constituaient le corps du peuple templier à chaque niveau de la hiérarchie. Différents textes permettent aujourd'hui de déterminer l'apparence des frères chevaliers et sergents.
L'habit
La reconnaissance de l'ordre du Temple ne passait pas seulement par l'élaboration d'une règle et un nom, mais aussi par l'attribution d'un code vestimentaire particulier propre à l'ordre du Temple.
Le manteau des Templiers faisait référence à celui des moines cisterciens.
Seuls les chevaliers, les frères issus de la noblesse, avaient le droit de porter le manteau blanc, symbole de pureté de corps et de chasteté. Les frères sergents, issus de la paysannerie, portaient quant à eux un manteau de bure, sans pour autant que ce dernier ait une connotation négative. C'était l'ordre qui remettait l'habit et c'est aussi lui qui avait le pouvoir de le reprendre. L'habit lui appartenait, et dans l'esprit de la règle, le manteau ne devait pas être un objet de vanité. Il y est dit que si un frère demandait un plus bel habit, on devait lui donner le « plus vil ».
La perte de l'habit était prononcée par la justice du chapitre pour les frères qui avaient enfreint gravement le règlement. Il signifiait un renvoi temporaire ou définitif de l'ordre.
Dans sa bulle Vox in excelso d'abolition de l'ordre du Temple, le pape Clément V indiqua qu'il supprimait « le dit ordre du Temple et son état, son habit et son nom », ce qui montre bien l'importance que l'habit avait dans l'existence de l'ordre.
La croix rouge
Croix pattée rouge : une forme possible de la croix des Templiers
Il semble que la croix rouge n'ait été accordée que tardivement aux Templiers, en 1147, par le pape Eugène III31. Il aurait donné le droit de la porter sur l'épaule gauche, du côté du cœur. La règle de l'ordre et ses retraits ne faisaient pas référence à cette croix. Cependant, la bulle papale Omne datum optimum la nomma par deux fois. Aussi est-il permis de dire que les Templiers portaient déjà la croix rouge en 1139. C'est donc sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'ordre, que la « croix de gueule » devint officiellement un insigne templier. Il est fort probable que la croix des Templiers ait été issue de la croix de l'ordre du Saint-Sépulcre dont avaient fait partie Hugues de Payns et ses compagnons d'arme. Cette croix rouge était potencée, cantonnée de quatre petites croix appelées croisettes.
La forme de la croix des Templiers n'a jamais été fixée. L'iconographie templière la présenta grecque simple, ancrée, fleuronnée ou pattée32. Quelle qu'ait été sa forme, elle indiquait l'appartenance des Templiers à la chrétienté et la couleur rouge rappelait le sang versé par le Christ. Cette croix exprimait aussi le voeu permanent de croisade à laquelle les Templiers s'engageaient à participer à tout moment. Il faut cependant préciser que tous les Templiers n'ont pas participé à une croisade.
Le visage templier [modifier]
Chevalier portant camail et chapeau de fer
Dans son homélie (1130-1136), appelée De laude nouae militae (Éloge de la nouvelle milice), Bernard de Clairvaux présente un portrait physique et surtout moral des Templiers, qui s'opposait à celui des chevaliers du siècle :
« Ils se coupent les cheveux ras, sachant de par l'Apôtre que c'est une ignominie pour un homme de soigner sa coiffure. On ne les voit jamais peignés, rarement lavés, la barbe hirsute, puant la poussière, maculés par les harnais et par la chaleur... ».
Bien que contemporaine des Templiers, cette description était plus allégorique que réaliste, Saint Bernard ne s'étant jamais rendu en Orient. Par ailleurs, l'iconographie templière est mince. Dans les rares peintures les représentant à leur époque, leurs visages, couverts d'un heaume, d'un chapeau de fer ou d'un camail, ne sont pas visibles ou n'apparaissent que partiellement.
Dans l'article 28, la règle latine précisait que « les frères devront avoir les cheveux ras », ceci pour des raisons à la fois pratiques et d'hygiène dont ne parlait pas saint Bernard, mais surtout « afin de se considérer comme reconnaissant la règle en permanence ». De plus, « afin de respecter la règle sans dévier, ils ne doivent avoir aucune inconvenance dans le port de la barbe et des moustaches. » Les frères chapelains étaient tonsurés et imberbes. De nombreuses miniatures, qui représentent les Templiers sur le bûcher, ne sont ni contemporaines, ni réalistes. À ce moment, certains s'étaient même rasés pour montrer leur désengagement de l'ordre.
Enfin, les peintres officiels du xixe siècle ont imaginé les Templiers à leur manière, mêlant idéalisme et romantisme, avec de longues chevelures et de grandes barbes.
La vie quotidienne [modifier]
Article détaillé : Vie quotidienne des Templiers.
« [...] car de notre vie vous ne voyez que l'écorce qui est par dehors. Car l'écorce est telle que vous nous voyez avoir beaux chevaux et belles robes, et ainsi vous semble que vous serez à votre aise. Mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont par dedans. Car c'est une grande chose que vous, qui êtes sire de vous-même, deveniez serf d'autrui. » (Extrait de l'article 661 de la règle).
La règle de l'ordre et ses retraits nous informent de manière précise sur ce que fut la vie quotidienne des Templiers en Occident comme en Orient. Cette vie était partagée entre les temps de prières, la vie collective (repas, réunions), l'entraînement militaire, l'accompagnement et la protection des pèlerins, la gestion des biens de la maison, le commerce, la récolte des taxes et impôts dus à l'ordre, le contrôle du travail des paysans sur les terres de l'ordre, la diplomatie, la guerre et le combat contre les infidèles.
Les Templiers et la guerre [modifier]
Le cheval [modifier]
Chevalier du Temple chargeant sur son destrier, chapelle templière de Cressac en Charente, vers 1170-1180.
Un ordre de chevalerie ne va pas sans cheval. Ainsi, l'histoire de l'ordre du Temple fut intimement liée à cet animal. Pour commencer, un noble qui était reçu dans l'ordre pouvait faire don de son destrier, un cheval de combat que les écuyers tenaient à dextre, c'est-à-dire à droite. Après 1140, on comptait de nombreux donateurs de la grande noblesse léguant aux Templiers des armes et des chevaux.
Pour équiper son armée, l'ordre du Temple fournissait trois chevaux à chacun de ses chevaliers dont l'entretien était assuré par un écuyer (articles 30 & 31 de la règle). La règle précise que les frères pouvaient avoir plus de trois chevaux, lorsque le maître les y autorisait. Cette mesure visait sans doute à prévenir la perte des chevaux, afin que les frères eussent toujours trois chevaux à disposition.
Ces chevaux devaient être harnachés de la plus simple manière exprimant le vœu de pauvreté. Selon la règle (article 37) « Nous défendons totalement que les frères aient de l'or et de l'argent à leur brides, à leurs étriers et à leurs éperons ». Parmi ces chevaux se trouvait un destrier qui était entraîné au combat et réservé à la guerre. Les autres chevaux étaient des sommiers ou bêtes de somme de race comtoise ou percheronne. Ce pouvaient être aussi des mulets appelés « bêtes mulaces ». Ils assuraient le transport du chevalier et du matériel. Il y avait aussi le palefroi, plus spécialement utilisé pour les longs déplacements.
Selon les retraits, la hiérarchie de l'ordre s'exprimait à travers l'attribution réglementaire des montures. Les retraits commencent ainsi : « Le maître doit avoir quatre bêtes... » indiquant l'importance du sujet. D'ailleurs, les trois premiers articles du maître de l'ordre (articles 77, 78 et 79) portaient sur son entourage et le soin aux chevaux. On apprend ainsi que les chevaux étaient nourris en mesures d'orge (céréale coûteuse et donnant beaucoup plus d'énergie aux chevaux que la simple ration de foin) et qu'un maréchal-ferrant se trouvait dans l'entourage du maître.
Parmi les chevaux du maître se trouvait un turcoman, pur sang arabe qui était un cheval de guerre d'élite et de grande valeur car très rapide.
Quatre chevaux étaient fournis à tous les hauts dignitaires : sénéchal, maréchal, commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, commandeur de la cité de Jérusalem, commandeurs de Tripoli et d'Antioche, drapier, commandeurs des maisons (commanderies), turcopolier. Les frères sergents tels que le sous-maréchal, le gonfanonier, le cuisinier, le maréchal-ferrant et le commandeur du port d'Acre avaient droit à deux chevaux. Les autres frères sergents ne disposaient que d'une seule monture. Les turcopoles, soldats arabes au service de l'ordre du Temple, devaient fournir eux-mêmes leurs chevaux.
C'était le maréchal de l'ordre qui veillait à l'entretien de tous les chevaux et du matériel, armes, armures et harnais, sans lesquels la guerre n'était pas possible. Il était responsable de l'achat des chevaux (article 103) et il devait s'assurer de leur parfaite qualité. Un cheval rétif devait lui être montré (article 154) avant d'être écarté du service.
Les destriers étaient équipés d'une selle à "croce" (à crosse), appelée aussi selle à arçonnière, qui était une selle montante pour la guerre et qui permettait de maintenir le cavalier lors de la charge. Les commanderies du sud de la France, mais aussi celles de Castille, d'Aragon et de Gascogne, étaient spécialisées dans l'élevage des chevaux33. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans les États latins d'Orient par voie maritime. Pour cela, ils étaient transportés dans les cales des nefs templières et livrés à la caravane du maréchal de l'ordre qui supervisait la répartition des bêtes selon les besoins. Lorsqu'un Templier mourait ou était envoyé dans un autre État, ses chevaux revenaient à la maréchaussée (article 107).
Rares sont les représentations des Templiers. Il nous est cependant parvenu une peinture murale d'un chevalier du Temple en train de charger sur son destrier. Il s'agit d'une fresque de la chapelle de Cressac en Charente, datant de 1170 ou 1180.
L'équipement militaire [modifier]
Le noble des xiie et xiiie siècles devait se faire confectionner un équipement complet (vêtement et armes) pour être adoubé chevalier. Ce matériel, nécessitant essentiellement des métaux, valait une fortune et pesait environ cinquante kilos[réf. nécessaire]. Les chevaliers et sergents templiers devaient disposer d'un tel équipement.
La protection du corps était assurée par24 un écu, une cotte de maille et un heaume.
L'écu (ou bouclier) de forme triangulaire, pointe en bas, était fait de bois et recouvert d'une feuille de métal ou de cuir. Il servait à protéger le corps, mais sa taille fut réduite dans le courant du xiie siècle pour être allégé et donc plus maniable.
La cotte de mailles était constituée de milliers d'anneaux en fer d'un centimètre de diamètre entrelacés et parfois rivetés. Cette cotte était constituée de quatre parties : les chausses de mailles attachées à la ceinture par des lanières de cuir, le haubert protégeait le corps et les bras et le camail ou coiffe de mailles. Un mortier ou casquette en cuir était posé sur la tête pour supporter le heaume. Les mains étaient protégées par des gants en mailles appelés gants d'arme (article 325 de la Règle). Il est à noter que le haubert fut raccourci au genou au cours du xiiie siècle pour être plus léger.
Le heaume était sans visière mobile, ou prenait la forme d'un chapeau de fer ne protégeant pas le visage.
Le sous-vêtement se composait d'une chemise de lin et de braies. La protection du corps était renforcée par le port de chausses de cuir attachées par des lanières, et un gambison ou gambeson en cuir. Pour finir, le surcot, porté sur la cotte, est aussi appelé jupon d'arme ou cotte d'arme. Il était cousu d'une croix rouge, insigne de l'ordre, devant comme derrière. Il permettait de reconnaître les combattants Templiers sur le champ de bataille comme en tout lieu. Le baudrier, porté autour des reins, était une ceinture spéciale qui permettait d'accrocher l'épée et de maintenir le surcot près du corps.
Selon Georges Bordonove, le Templier recevait une épée, une lance, une masse et un couteau lors de sa réception dans l'ordre.
Maniée à deux mains, l'épée avait un double tranchant et un bout arrondi. En effet, elle devait être maniée de façon à frapper de "taille", c'est-à-dire avec le tranchant. Elle était pratiquement employée comme une masse d'arme dans la mesure où elle ne pouvait transpercer une cotte de mailles. Toutefois, contre un ennemi qui n'avait pas cette protection, l'épée se révélait plus efficace et plus élégante que la masse.
[réf. nécessaire]
La masse d'arme templière était principalement une masse dite turque aux pointes saillantes. L'épée et les masses servaient à frapper l'ennemi de manière à lui briser les os. Les blessés mouraient alors d'hémorragie interne. La lance était une perche en bois terminée par une pointe en fer forgé appelée tête de fer. Chaque frère détenait trois couteaux dont un couteau d'arme, un autre "de pain taillé" qui servait à manger et un canif à lame étroite24.
Le drapeau [modifier]
Article détaillé : Baussant.
gonfanon baussant
Le drapeau de l'ordre du Temple était appelé le gonfanon baucent. Baucent, qui signifie bicolore, avait plusieurs graphies : baussant, baucent ou balcent. C'était un rectangle vertical composé de deux bandes, l'une blanche et l'autre noire, coupées au tiers supérieur. Porté en hauteur au bout d'une lance, il était le signe de ralliement des combattants templiers sur le champ de bataille, protégé en combat par une dizaine de chevaliers. Celui qui en était responsable était appelé le gonfanonier. Selon la circonstance, le gonfanonier désignait un porteur qui pouvait être un écuyer, un soldat turcopole ou une sentinelle. Le gonfanonier chevauchait devant et conduisait son escadron sous le commandement du maréchal de l'ordre.
Le gonfanon devait être visible en permanence sur le champ de bataille et c'est pourquoi il était interdit de l'abaisser. Ce manquement grave au règlement pouvait être puni par la sanction la plus sévère, c’est-à-dire la perte de l'habit qui signifiait le renvoi de l'ordre. Selon l'historien Georges Bordonove34, lorsque le gonfanon principal tombait parce que son porteur et sa garde avaient été tués, le commandeur des chevaliers déroulait un étendard de secours et reprenait la charge. Si celui-ci venait à disparaître à son tour, un commandeur d'escadron devait lever son pennon noir et blanc et rallier tous les Templiers présents.
Si les couleurs templières n'étaient plus visibles, les Templiers survivants devaient rejoindre la bannière des Hospitaliers. Dans le cas où celle-ci était tombée, les Templiers devaient rallier la première bannière chrétienne qu'ils apercevaient.
Le gonfanon baucent est représenté dans les fresques de la chapelle templière San Bevignate de Pérouse en Italie. La bande blanche se situe dans la partie supérieure. Il est aussi dessiné dans la chronica majorum, les Chroniques de Matthieu Paris en 1245. Dans ce cas, la bande blanche se trouve dans la partie inférieure.35
Le saint patron [modifier]
Peinture de saint Georges dans la chapelle de la commanderie de Coulommiers
Le saint patron et protecteur des Templiers était saint Georges, le saint chevalier. Il était également le patron de l’ordre Teutonique et plus généralement de tous les chevaliers chrétiens. Son tombeau est vénéré à Lydda en Israël.
Les Templiers vus par leurs ennemis [modifier]
Les croisés dans leur ensemble étaient perçus par les Arabes comme des barbares, ignorants et puérils. Au début du xiie siècle, les Templiers se révélèrent être les combattants les plus redoutables que durent affronter les Arabes36. Cependant, en dehors du champ de bataille, on note qu'une certaine tolérance religieuse les animait. En 1140, l'émir et chroniqueur Oussama Ibn Mounqidh, par ailleurs ambassadeur auprès des Francs, se rendit à Jérusalem. Il avait l'habitude d'aller à l'ancienne mosquée al-Aqsa, « lieu de résidence de mes amis les Templiers »37. L'émir rapporta une anecdote pendant laquelle les Templiers prirent ouvertement sa défense lors de la prière. Alors que la façon de prier des musulmans était à la fois inconnue et incomprise des Francs nouvellement arrivés en Orient, les Templiers, eux, faisaient respecter ce culte, même si celui-ci était qualifié d'infidèle.
Quelques années plus tard, en 1187, lors de la bataille de Hattin, le chef musulman Saladin fit décapiter au sabre, sur place et en sa présence, près de deux cent trente Templiers prisonniers. Le secrétaire particulier de Saladin concluait en parlant de son maître : « Que de maux il guérit en mettant à mort un Templier ». En revanche, les chefs militaires arabes épargnaient les maîtres de l'ordre prisonniers parce qu'ils savaient que dès qu'un maître mourait, il était immédiatement remplacé38.
Les principales batailles [modifier]
Dans l'action militaire, les Templiers étaient des soldats d'élite. Ils ont fait preuve de courage et se sont révélés être de fins stratèges. Ils étaient présents sur tous les champs de batailles où se trouvait l'armée franque et ont intégré les armées royales dès 112939.
Second siège d'Ascalon (16 août 1153)
Bataille d'Ascalon, imaginée par Gustave Doré (gravure de C.W. Sharpe, 1881)
Bataille de Montgisard, imaginée par Charles-Philippe Larivière (tableau du xixe siècle)
Représentation de la bataille de Hattin, provenant d'un manuscrit médiéval
Article détaillé : Second siège d'Ascalon.
Le siège de Damas ayant été une grosse défaite pour le roi de Jérusalem, Baudouin III, celui-ci décida de lancer une attaque sur Ascalon.
Le maître de l'ordre, Bernard de Tramelay, appuya l'avis du roi et l'attaque fut lancée le 16 août 1153. Ce fut une hécatombe pour les Templiers qui pénètrèrent au nombre de quarante dans la cité derrière leur Maître. En effet, ils furent tous tués par les défenseurs égyptiens de la cité et leurs corps suspendus aux remparts40.
Cet épisode a soulevé de nombreuses polémiques car certains prétendirent que les Templiers voulaient entrer seuls dans la cité afin de s'approprier tous les biens et trésors alors que d'autres pensaient qu'ils voulaient, au contraire, marquer l'ordre d'un fait d'arme.
Toutefois, la ville d'Ascalon tomba le 22 août 115341 et l'ordre du Temple élut un nouveau maître : André de Montbard. Il accepta cette nomination pour contrer l'élection d'un autre chevalier du Temple, Guillaume II de Chanaleilles, fils de Guillaume Ier (l'un des héros de la Première croisade aux côtés du comte de Toulouse Raymond IV, dit Raymond de Saint-Gilles), favori du roi de France Louis VII et qui aurait permis au roi de contrôler l'ordre.
Bataille de Montgisard (25 novembre 1177)
Article détaillé : Bataille du mont Gisard.
Cette bataille, menée le 25 novembre 117742, fut l'une des premières du jeune roi de Jérusalem Baudouin IV, alors âgé de seize ans. Les troupes du roi avaient été renforcées par quatre-vingts Templiers venus de Gaza à marche forcée.
Cette alliance de forces eut raison de l'armée de Saladin à Montgisard, près de Ramla.
Bataille de Hattin (4 juillet 1187)
Article détaillé : Bataille de Hattin.
Après la mort du roi lépreux Baudouin IV, Guy de Lusignan devint roi de Jérusalem par le biais de sa femme Sybille, sœur du roi.
Sur les conseils du Temple (alors commandé par Gérard de Ridefort) et de l'Hôpital, Guy de Lusignan apprêta l'armée. Comme le temps était particulièrement aride et que l'unique point d'eau se situait à Hattin, près de Tibériade, le roi fit prendre cette direction à ses troupes.
Le 4 juillet 118743, Saladin encercla les Francs. Presque toute l'armée fut faite prisonnière (environ quinze mille hommes), ainsi que le roi lui-même. Saladin ayant une aversion particulière pour les Templiers, ceux-ci ont tous été exécutés par décapitation (ainsi que tous les Hospitaliers). Un seul Templier fut épargné, le maître en personne : Gérard de Ridefort.
Bataille d'Arsouf (7 septembre 1191)
Article détaillé : Bataille d'Arsouf.
Bataille d'Arsouf, imaginée par Eloi Firmin Feron (tableau du xixe siècle)
Après la chute de Jérusalem, une troisième croisade fut lancée à partir de l'Europe. Richard Cœur de Lion se retrouva seul après le retrait de la majorité des troupes allemandes de Frédéric Barberousse (après la noyade de ce dernier dans un fleuve) et le retour de Philippe Auguste en France. Richard fit marcher son armée le long de la mer, ce qui lui permit de rester en communication avec sa flotte et, ainsi, d'assurer continuellement l'approvisionnement de ses troupes. Formée d'une immense colonne, l'armée de Richard avait pour avant-garde le corps des Templiers, venaient ensuite les Bretons et les Angevins, Guy de Lusignan avec ses compatriotes Poitevins, puis les Normands et les Anglais et enfin en arrière-garde les Hospitaliers44.
Dans les premiers temps de la bataille, Richard subit l'initiative de Saladin mais reprit la situation en main pour finalement mettre l'armée de Saladin en déroute par deux charges successives de la chevalerie franque et ce malgré le déclenchement prématuré de la première charge45.
Bataille de Mansourah (8 février 1250)
Article détaillé : Bataille de Mansourah.
Fichier:Crusade damietta.jpg
Représentation de l'attaque de Louis IX sur Damiette, provenant d'un manuscrit médiéval
Le comte Robert Ier d'Artois, désobéissant aux ordres de son frère le roi Louis IX, voulut attaquer les troupes égyptiennes malgré les protestations des Templiers qui lui recommandaient d'attendre le gros de l'armée royale. L'avant-garde franque pénétra dans la cité de Mansourah, s'éparpillant dans les rues. Profitant de cet avantage, les forces musulmanes lancèrent une contre-attaque et harcelèrent les Francs. Ce fut une véritable hécatombe. De tous les Templiers, 295 périrent. Seuls quatre ou cinq en réchappèrent. Robert d'Artois lui-même, instigateur de cette attaque sans ordre et complètement dénuée de sens, y perdit la vie46.
Saint Louis reprit l'avantage le soir même en anéantissant les troupes qui venaient d'exterminer son avant-garde. Cependant, les Templiers avaient perdu entre-temps presque tous leurs hommes.
Les Templiers et l'argent [modifier]
Le prêt [modifier]
Les Templiers devaient exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l'ordre et les dépenses de leurs activités militaires en Orient. Cependant, il ne faut pas confondre cette activité avec celle de la banque. L'usure, c'est-à-dire une tractation comportant le paiement d'un intérêt, était interdite par l'Église aux chrétiens et de surcroît aux religieux47.
Comme le dit l'Ancien Testament :
« Tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour l'argent, ni pour vivres, ni pour aucune chose qui se prête à intérêt. »
Les Templiers prêtaient de l'argent à toutes sortes de personnes ou institutions : pèlerins, croisés, marchands, congrégations monastiques, clergé, rois et princes... Le montant du remboursement était parfois supérieur à la somme initiale lorsqu'il pouvait être camouflé par un acte de changement de monnaie. C'était une façon courante de contourner l'interdit.
Lors de la croisade de Louis VII, le roi de France en arrivant à Antioche demanda une aide financière aux Templiers. Le maître de l'ordre, Evrard des Barrès, fit le nécessaire. Le roi de France écrivait à son intendant en parlant des Templiers, « nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister dans ces pays [Orient] sans leur aide et leur assistance.(...) Nous vous notifions qu'ils nous prêtèrent et empruntèrent en leur nom une somme considérable. Cette somme leur doit être rendue (...). » La somme en question représentait deux mille marcs d'argent48.
La lettre de change [modifier]
L’activité financière de l'ordre prévoyait que les particuliers pussent déposer leurs biens lors d'un départ en pèlerinage vers Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle ou Rome. Les Templiers inventèrent ainsi le bon de dépôt. Lorsqu'un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Cette lettre manuscrite et authentifiée prit le nom de lettre de change. Le pèlerin pouvait ainsi voyager sans argent sur lui et se trouvait plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupérait auprès d'autres Templiers l'intégralité de son argent en monnaie locale. Les Templiers ont mis au point et institutionnalisé le service du change des monnaies pour les pèlerins.
Le trésor de l'ordre [modifier]
Il s'agissait d'un coffre fermé à clé dans lequel étaient gardés de l'argent, des bijoux, mais aussi des archives. Ce coffre-fort était appelé huche. Le maître de l'ordre à Jérusalem en effectuait la comptabilité avant que celle-ci ne fût transférée à la fin du xiiie siècle au trésorier de l'ordre. Trois articles des retraits de la règle nous renseignent sur le fonctionnement financier de l'ordre. Le maître pouvait autoriser le prêt d'argent (sans intérêt) avec ou sans l'accord de ses conseillers selon l'importance de la somme. Les revenus provenant des commanderies d'Occident étaient remis au trésor du siège de l'ordre à Jérusalem.
Tous les dons en argent de plus de cent besants étaient concentrés dans le trésor de l'ordre. Les commanderies de Paris ou de Londres servaient de centres de dépôts pour la France et l'Angleterre. Chaque commanderie pouvait fonctionner grâce à une trésorerie conservée dans un coffre. Au moment de l'arrestation des Templiers en 1307, il a été retrouvé un seul coffre important, celui du visiteur de France, Hugues de Pairaud. L'argent qu'il contenait a été confisqué par le roi et a immédiatement rejoint les caisses royales49.
La garde du trésor royal [modifier]
Article détaillé : Tour du Temple.
Elle a débuté en 1146 lorsque Louis VII, en partance pour la deuxième croisade, avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Par la suite, cela se développa, si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l'ordre. Cette pratique, qui ne mêlait en rien les activités financières du Temple et celles de la Couronne, prit fin durant le règne de Philippe IV Le Bel.
Une autre grande personnalité, Henri II d'Angleterre, avait laissé la garde du trésor au Temple. Par ailleurs, de nombreux Templiers de la maison d'Angleterre étaient également des conseillers royaux.
Le patrimoine des Templiers [modifier]
L'ordre du Temple possédait principalement deux types de patrimoines bâtis : des monastères appelés commanderies situés en Occident et des forteresses situées au Proche-Orient et dans la péninsule ibérique.
La maison du Temple de Jérusalem [modifier]
Article détaillé : Maison du Temple de Jérusalem.
La maison du Temple à Jérusalem fut le siège central de l'ordre depuis sa fondation en 1129 jusqu'en 1187, date de la chute de la ville sainte reprise par Saladin. Le siège central fut alors transféré à Acre, ville portuaire du royaume de Jérusalem. À la perte de la ville par les chrétiens en 1291, le siège de l'ordre fut à nouveau transféré dans la terre chrétienne la plus proche, l'île de Chypre. C'est à Chypre que vivait Jacques de Molay, le dernier maître de l'ordre avant son retour en France pour y être arrêté. Le siège de l'ordre n'a jamais été installé en Occident.
Les forteresses orientales [modifier]
Forteresses templières en Orient 50
Article détaillé : Liste des forteresses templières orientales.
Pour pallier la faiblesse de leurs effectifs, les croisés entreprirent la construction de forteresses dans les États latins d'Orient. Les Templiers ont participé à cet élan en faisant édifier pour leur besoin de nouveaux châteaux forts. Ils entreprirent également de reconstruire ceux qui avaient été détruits par Saladin vers 1187 et acceptèrent d'occuper ceux que les seigneurs d'Orient (ou d'Espagne) leur donnaient faute de pouvoir les entretenir. Certains d'entre eux permettaient de sécuriser les routes fréquentées par les pèlerins chrétiens autour de Jérusalem. Servant d'établissement à la fois militaire, économique et politique de l'ordre, la place forte représentait pour les populations musulmanes un centre de domination chrétienne51. Les Templiers occupèrent un nombre plus important de places fortes dans la péninsule ibérique afin de participer à la Reconquista.
Au xiie siècle, après la chute de la ville de Jérusalem devant les forces de Saladin en 1187, les Templiers parvinrent à résister quelques mois dans certaines de leurs places fortes mais, peu à peu, en perdirent la plus grande partie52.
Il fallut attendre l'issue de la troisième croisade, menée par les rois de France, d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne, pour que les Templiers reconstituassent leur dispositif militaire en Terre sainte.
Au xiiie siècle, dans le royaume de Jérusalem, les Templiers possédaient quatre forteresses : le château Pèlerin construit en 1217-1218, la forteresse de Safed reconstruite en 1240-1243, le château de Sidon et la forteresse de Beaufort tous deux cédés par Julien, seigneur de Sidon en 1260.
Dans le comté de Tripoli, ils disposaient du château de Tortose reconstruit en 1212, d'Arima et du Chastel Blanc.
Au nord, dans la principauté d'Antioche, les places fortes templières étaient Baghras (Gaston) récupérée en 1216, ainsi que Roche de Roissel et Roche-Guillaume qu'ils détenaient toujours, Saladin ayant renoncé à les conquérir en 1188.
Les forteresses ibériques [modifier]
Article détaillé : Liste des forteresses templières ibériques.
Dès 1128, l'ordre reçoit une première donation au Portugal, des mains de la comtesse régnante du Portugal, Thérèse de León, veuve d'Henri de Bourgogne : le château de Soure et ses dépendances. En 1130, l'ordre a reçu 19 propriétés foncières. Vers 1160, Gualdim Pais achève le château de Tomar, qui devient le siège du Temple au Portugal.
Le château d'Almourol au Portugal
En 1143, Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, demanda aux Templiers de défendre l'Église d'Occident en Espagne, de combattre les Maures et d'exalter la foi chrétienne. Les Templiers acceptèrent non sans réticence, mais se limitèrent à défendre et pacifier les frontières chrétiennes et à coloniser l'Espagne et le Portugal. Une nouvelle population chrétienne venait en effet de s'installer autour des châteaux donnés aux Templiers, la région étant pacifiée. La Reconquista fut une guerre royale. De ce fait, les ordres de chevalerie y étaient moins autonomes qu'en Orient. Ils devaient fournir à l'armée royale un nombre variable de combattants, proportionnel à l'ampleur de l'opération militaire en cours.
Ainsi, les Templiers espagnols ont participé à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, à la prise de Valencia en 1238, de Tarifa en 1292, à la conquête de l'Andalousie et du royaume de Grenade. Au Portugal, les Templiers ont pris part à la prise de Santarém (1146) et à celle d'Alcácer do Sal (1217).
L'action de l'ordre du Temple dans la péninsule ibérique fut donc secondaire, car l'ordre tenait à privilégier ses activités en Terre sainte. Cependant, il possédait bien plus de places fortes dans la péninsule ibérique qu'en Orient. En effet, on dénombre au moins soixante-douze sites rien que pour l'Espagne et au moins six pour le Portugal (on compte seulement une vingtaine de places fortes en Orient). C'est également dans cette zone que l'on trouve les édifices qui ont le mieux résisté au temps (ou qui ont bénéficié de restaurations), comme par exemple les châteaux d'Almourol, Miravet, Tomar et Peñíscola53.
Les forteresses dans l'Europe de l'Est [modifier]
Chapelle templière à Chwarszczany (Quartschen), Pologne
Chapelle templière à Rurka (Rörchen), Pologne
Article détaillé : Liste des forteresses templières d'Europe de l'Est.
À la différence de l'Orient et de la péninsule ibérique où les Templiers faisaient face aux musulmans, l'Europe de l’Est, où les ordres religieux-militaires étaient également implantés, les a confrontés au paganisme. En effet, les territoires de la Pologne, de la Bohême, de la Moravie, de la Hongrie, mais aussi de la Lituanie et de la Livonie formaient un couloir de paganisme, constitué de terres sauvages en grande partie non encore défrichées, pris en tenailles entre l'Occident catholique et la Russie orthodoxe. Borusses (Prussiens), Lituaniens, Lives ou Coumans, encore païens, y résistaient à l'avancée - lente mais inexorable - du christianisme depuis plusieurs siècles. La christianisation catholique, qui nous intéresse ici, se faisait à l'initiative de la papauté mais avec le soutien des princes germaniques convertis (qui y voyaient l'occasion d'agrandir leurs possessions terrestres en même temps que de renforcer les chances de salut pour leur âme) et avec l'appui des évêques, notamment celui de Riga, qui tenaient en quelque sorte des places fortes en territoire païen.
Après la disparition en 1238 de l'ordre de Dobrin (officiellement reconnu par le pape Grégoire IX sous le nom « Chevaliers du Christ de Prusse »), qui avait procédé aux premières conversions, les Templiers se virent invités formellement à prendre pied en Europe orientale. À cet effet, furent octroyés à l'ordre trois villages le long de la rivière Bug ainsi que la forteresse de Łuków (qu'ils se virent confier en 1257, en même temps que la mission de défendre la présence chrétienne dans cette région). Tout au long du xiiie siècle, la présence des Templiers en Europe orientale est allée en augmentant et on compta jusqu’à quatorze établissements et deux forteresses templières54.
Cependant, les Templiers (tout comme les Hospitaliers, qui furent également présents en Europe orientale) cédèrent rapidement la place à l’ordre Teutonique dans la lutte contre le paganisme dominant ces régions reculées. Les deux ordres hésitaient à ouvrir un troisième front venant s'ajouter à ceux de la Terre sainte et de la péninsule ibérique, alors que l'idée première de cette installation aux frontières du christianisme était surtout de diversifier les sources de revenus afin de financer la poursuite des activités principales de l'ordre en Terre sainte.
Autre région d'Europe orientale, mais plus méridionale, la Hongrie dut faire face tout comme la Pologne aux invasions dévastatrices des Mongols aux alentours de 1240. Présents là aussi, les Templiers envoyaient des informations aux rois occidentaux sans pour autant arriver à les alerter suffisamment pour qu'une réaction volontaire et efficace fût déclenchée55.
Les commanderies [modifier]
Articles détaillés : Description d'une commanderie templière et Liste des commanderies templières.
La commanderie de Coulommiers en ancienne Champagne
Une commanderie était un monastère dans lequel vivaient les frères de l'ordre en Occident. Elle servait de base arrière afin de financer les activités de l'ordre en Orient et d'assurer le recrutement et la formation militaire et spirituelle des frères de l'ordre. Elle s'est constituée à partir de donations foncières et immobilières.
La plupart des biens possédés par l'ordre du Temple provenaient de dons ou de legs. Dans les premières années de sa création, les dons fonciers ont permis à l'ordre de s'établir partout en Europe. Puis, il y a eu trois grandes vagues de donations de 1130 à 1140, de 1180 à 1190 et de 1210 à 122056. Tout d'abord, on peut noter que tous les hommes qui entraient dans l'ordre pouvaient faire le don d'une partie de leurs biens au Temple. Ensuite, les dons pouvaient provenir de toutes les catégories sociales, du roi au laïc. Par exemple, le roi Henri II d'Angleterre céda au Temple la maison forte de Sainte-Vaubourg et son droit de passage sur la Seine au Val-de-la-Haye, en Normandie. Un autre exemple que l'on peut citer est le don fait en 1255 par le chanoine Étienne Collomb de la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre d'un cens perçu dans le bourg de Saint-Amâtre57.
Même si les dons étaient en majorité composés de biens fonciers ou de revenus portant sur des terres, les dons de rentes ou revenus commerciaux n'étaient pas négligeables. Par exemple, Louis VII céda en 1143-1144 une rente de vingt-sept livres établies sur les étals des changeurs à Paris58.
Les dons pouvaient être de trois natures différentes :
Donation pro anima : il pouvait s'agir d'une donation importante (qui était souvent à l'origine de la création d'une commanderie) ou alors d'un don foncier mineur ne portant que sur quelques parcelles. La motivation du donateur était d'invoquer le salut de son âme ou la rémission de ses pêchés.
Donation in extremis : ce type de donation était réalisé en majeure partie par des pèlerins agissant par précaution. Ils effectuaient ce don avant de partir en Terre sainte. Peu nombreuses, ces donations ont été vite remplacées par le legs testamentaire.
Donation rémunérée : le donateur agissait dans le but de percevoir un contre-don. Il ne s'agissait pas exactement d'une vente mais plutôt d'un don rémunéré, assurant le donateur d'un avoir lui permettant de recevoir de quoi vivre. Le bénéficiaire (à cette occasion l'ordre du Temple) était également gagnant dans ce type de don, le contre-don étant d'une valeur inférieure. Le but de ce type de donation était de faciliter le processus de don, sachant que la cession de tout ou partie d'un bien foncier pouvait sérieusement entamer le revenu du donateur ou celui de ses héritiers. Il n'était pas rare d'ailleurs que certains conflits entre l'ordre et des héritiers survinssent en de pareils cas, le litige se réglant parfois par le biais de la justice.
Après la réception de ces dons, il restait à l'ordre du Temple d'organiser et de rassembler le tout en un ensemble cohérent. Pour ce faire, les Templiers ont procédé à nombre d'échanges ou de ventes afin de structurer leurs commanderies et de rassembler les terres pour optimiser le revenu qui pouvait en être tiré. On peut prendre le processus de remembrement comme parallèle, tout au moins à propos du regroupement des terres autour ou dépendant d'une commanderie.
Par essence, on peut citer tous les pays de l'Occident chrétien du Moyen Âge comme terres d'établissement de l'ordre du Temple. Ainsi, il y eut des commanderies templières dans les pays actuels suivants : France, Angleterre, Espagne, Portugal, Écosse, Irlande, Pologne, Hongrie, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas. De même, il existait des commanderies en Orient.
Selon Georges Bordonove, on peut estimer le nombre de commanderies templières en France à 700.59 La qualité de ces vestiges est très diverse aujourd'hui. Très peu ont pu garder intégralement leurs bâtiments. Certaines commanderies ont été totalement détruites et n'existent plus qu'à l'état archéologique, ce qui est le cas par exemple de la commanderie de Payns dans le fief du fondateur de l'ordre. En France, trois commanderies demeurent intactes : pour le nord, la commanderie de Coulommiers, en région centre se trouve la commanderie d'Arville et au sud la commanderie de La Couvertoirade.
Seuls les documents d'archives et en particulier les cartulaires de l'ordre du Temple permettent d'attester de l'origine templière d'un bâtiment.
La chute de l'ordre [modifier]
Portrait de Philippe IV le Bel
La chute de l'ordre du Temple fait également l'objet d'une polémique. Elle serait le fait du roi de France Philippe IV le Bel qui aurait agi dans le but unique de s'approprier le trésor des Templiers. Cependant, les raisons pour lesquelles l'ordre a été éliminé sont beaucoup plus complexes et celles exposées ci-dessous n'en représentent probablement qu'une infime partie.
Les raisons [modifier]
L'une des premières raisons fut la perte de la ville de Saint-Jean-d'Acre, qui entraîna celle de la Terre sainte. En effet, le 28 mai 129160, les croisés perdirent Acre à l'issue d'un siège sanglant. Les chrétiens furent alors obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers ainsi que les Hospitaliers n'échappèrent pas à cet exode. La maîtrise de l'ordre fut déplacée à Chypre. Or, une fois expulsé de Terre sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de l'utilité de l'ordre du Temple s'est posée car il avait été créé à l'origine pour défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ.
Une querelle opposait également le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle pontificale en 1302 : Unam Sanctam. La réponse du roi de France arriva sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunia en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super Patri Solio61. Boniface VIII mourut le 11 octobre 1303, peu après l'attentat d'Anagni. Son successeur, Benoît XI, eut un pontificat très bref puisqu'il mourut à son tour le 7 juillet 1304. Clément V fut élu pour lui succéder le 5 juin 1305.
Or, à la suite de la chute d'Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis revinrent en Occident occuper leurs commanderies. Les Templiers possédaient des richesses immenses, augmentées par les biens issus du travail de leurs commanderies (bétail, agriculture…) mais (surtout ?) ils possèdaient une puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers62 entraînés au combat, force entièrement dévouée au pape. Par conséquent, une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le pouvoir en place. Il est à ajouter que les légistes royaux, formés au droit romain, cherchaient à exalter la puissance de la souveraineté royale. Or, la présence du Temple en tant que juridiction pontificale limitait grandement le pouvoir du roi sur son propre territoire.
Portrait de Clément V
L'attentat d'Anagni est un des reflets de cette lutte des légistes pour assurer un pouvoir aussi peu limité que possible au roi. La position des légistes, des gens comme Guillaume de Nogaret, en tant que conseillers du roi a sûrement eu une influence sur Philippe le Bel.
Enfin, certains historiens prêtent une part de responsabilité dans la perte de l'ordre à Jacques de Molay, maître du Temple élu en 1293 à Chypre après la perte de Saint-Jean-d'Acre. En effet, suite à la perte d'Acre, un projet de croisade germa de nouveau dans l'esprit de certains rois chrétiens mais aussi et surtout dans celui du pape Clément V. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre Sainte et le fit savoir dans une lettre qu'il envoya à Jacques de Molay en 1306. Le maître y répondit par une autre lettre dans laquelle il s'opposait à cette idée, sans pour autant être catégorique. Cependant, les arguments qu'il avança pour étayer ses propres idées étaient bien minces …
Aujourd'hui, l’implication du pape dans l’arrestation des templiers pourrait être soumise à polémique. Certains historiens parlent de 3 rencontres, entre Philippe le Bel et Clément V, étalées de 1306 à 1308, au cours desquelles fut statué le sort des templiers63. Toutefois, ces historiens se fondent sur la seule source contemporaine. En effet, un chroniqueur italien du nom de Giovanni Villani est le seul à indiquer une rencontre entre le roi et le pape en 1305, soi-disant pour aborder la question de la suppression de l'ordre. Il est à noter que d'autres historiens estiment qu'il n'est pas sérieux de se fier uniquement à Villani, car les italiens de l'époque avaient un fort ressentiment contre Clément V, pape français64. Les mêmes historiens attestent d'une rencontre entre le roi de France et le pape au mois de mai 1307, quelques mois donc avant l'arrestation. Les légistes royaux invoqueront, un an après, cette rencontre en affirmant que le pape avait alors donné son autorisation à l'arrestation65.
Par la bulle Faciens misericordiam, Clément V nomme en 1308 des commissions pontificales chargées d'enquêter sur l'ordre, en marge de la procédure séculière engagée par Philippe le Bel.
L'arrestation des Templiers [modifier]
Le donjon du château de Gisors, où furent emprisonnés les dignitaires de l'ordre, dont Jacques de Molay.
L'idée de détruire l'ordre du Temple était déjà présente dans l'esprit du roi Philippe IV le Bel, mais ce dernier manquait de preuves et d'aveux afin d'entamer une procédure. Ce fut chose faite grâce à un atout majeur déniché par Guillaume de Nogaret en la personne d'un ancien Templier : Esquieu de Floyran. Celui-ci avoua en 1305 au roi de France les pratiques obscènes des rites d'entrée dans l'ordre et Philippe le Bel, personnage très pieux, fut choqué par de tels actes. Il écrivit donc au Pape pour lui faire part du contenu de ces aveux.
En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demanda une enquête pontificale au pape. Ce dernier la lui accorda le 24 août 130766. Cependant, Philippe le Bel était pressé. Il n'attendit pas les résultats de l'enquête et dépêcha des messagers le 14 septembre 130767 à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à l'arrestation massive des Templiers en France au cours d'une même journée, le vendredi 13 octobre 130768. Le but de cette action menée sur une journée fut de profiter du fait que les Templiers étaient disséminés sur tout le territoire et ainsi d'éviter que ces derniers, alarmés par l'arrestation de certains de leurs frères, ne se regroupassent et ne devinssent alors difficiles à arrêter.
Au matin du 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret et des hommes d'armes pénétrèrent dans l'enceinte du Temple de Paris où résidait le maître de l'ordre Jacques de Molay. À la vue de l'ordonnance royale qui justifiait cette rafle, les Templiers se laissèrent emmener sans aucune résistance. À Paris, il fut fait 138 prisonniers, en plus du maître de l'ordre.
Un scénario identique se déroula au même moment dans toute la France. La plupart des Templiers présents dans les commanderies furent arrêtés. Ils n'opposèrent aucune résistance. Quelques-uns réussirent à s'échapper avant ou pendant les arrestations. Les prisonniers ont été enfermés pour la plupart à Paris, Caen, Rouen et au château de Gisors. Tous leurs biens furent inventoriés et confiés à la garde du Trésor royal.
Ceux qui, en 1306, avaient recueilli Philippe IV le Bel pendant les émeutes de Paris se retrouvaient maintenant enfermés en attendant leur procès.
Le procès [modifier]
Templier embrassant un ecclésiastique, manuscrit de Jacques de Longuyon, vers 1350.
Frères Templiers sur le bûcher, manuscrit anonyme, 1384.
Puisque tous les Templiers du royaume de France avaient été arrêtés, Philippe IV le Bel enjoignit aux souverains européens (Espagne et Angleterre) de faire de même. Tous refusèrent car ils craignaient les foudres du pape. Le roi de France n'en fut pas découragé et ouvrit donc le procès des Templiers.
Cependant, l'ordre du Temple était un ordre religieux et ne pouvait subir à ce titre la justice laïque. Philippe le Bel demanda donc à son confesseur, Guillaume de Paris, aussi Grand Inquisiteur de France, de procéder aux interrogatoires des cent trente-huit Templiers arrêtés à Paris. Parmi ces chevaliers, trente-huit moururent sous la torture, mais surtout le début des « aveux » avait été enclenché. Parmi les péchés revenant le plus souvent, l'Inquisition entendit parler du reniement de la Sainte-Croix, du reniement du Christ, de la sodomie et de l'adoration d'une idole (appelée le Baphomet). Seuls trois Templiers résistèrent à la torture et n'avouèrent aucun comportement obscène.
Afin d'essayer de protéger l'ordre du Temple, le pape Clément V fulmina la bulle Pastoralis praeminentiae qui ordonnait aux souverains européens d'arrêter les Templiers qui résidaient chez eux et de mettre leurs biens sous la gestion de l'Église. De plus, le Pape demandait à entendre lui-même les Templiers à Poitiers. Mais, la plupart des dignitaires étant emprisonnés à Chinon, le roi Philippe le Bel prétexta que les prisonniers (soixante-douze en tout et triés par le roi lui-même) étaient trop faibles pour faire le voyage. Le pape délégua alors deux cardinaux pour aller entendre les témoins à Chinon. Il nous parviendra un document appelé le manuscrit ou parchemin de Chinon qui donne l'absolution aux responsables de l'ordre du Temple.
La première commission pontificale eut lieu le 12 novembre 130969 à Paris. Elle avait pour but de juger l'ordre du Temple en tant que personne morale et non comme personne physique. Pour ce faire, elle envoya dès le 8 août une circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les Templiers arrêtés pour qu’ils comparaissent devant la commission. Un seul frère dénonça les aveux fait sous la torture : Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de Payns. Le 6 février 1310, quinze Templiers sur seize clamèrent leur innocence et furent bientôt suivis par la plupart de leurs frères.
Le roi de France souhaita alors gagner du temps et fit nommer à l'archiépiscopat de Sens un archevêque qui lui était totalement dévoué : Philippe de Marigny (demi-frère d'Enguerrand de Marigny).
Celui-ci envoya cinquante-quatre Templiers au bûcher le 12 mai 131070, suite à leurs aveux extorqués sous la torture en 1307. Tous les interrogatoires furent terminés le 26 mai 131171.
Le concile de Vienne [modifier]
Cathédrale Saint-Maurice de Vienne
Le concile de Vienne, qui se tint le 16 octobre 131172 au sein de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne, avait trois objectifs : statuer sur le sort de l'ordre, discuter de la réforme de l'Église et organiser une nouvelle croisade.
Cependant, lors du concile, quelques Templiers décidèrent de se présenter : ils étaient au nombre de sept et désiraient défendre l'ordre. Le roi, voulant en finir avec l'ordre du Temple, partit en direction de Vienne avec des gens d'arme afin de faire pression sur Clément V. Il arriva sur place le 20 mars 1312. Le 22 mars 131273, le Pape fulmina la bulle Vox in excelso qui ordonnait l'abolition définitive de l'ordre. Pour ce qui est du sort des Templiers et de leurs biens, le pape fulmina deux autres bulles :
Ad providam le 2 mai 131274, concernait les biens du Temple qui furent légués en totalité à l'ordre de l'Hôpital (à l'exception de l'Espagne et du Portugal, où deux ordres naquirent des cendres de l'ordre du Temple, l'ordre de Montesa et l'ordre du Christ)
Considerantes dudum le 6 mai 131275 quant à elle, déterminait le sort des hommes. Ceux ayant avoué ou ayant été déclarés innocents se verraient attribuer une rente et pourraient vivre dans une maison de l'ordre alors que tous ceux ayant nié ou s'étant rétractés, subiraient un châtiment sévère (la peine de mort).
Toutefois, le sort des dignitaires de l'ordre du Temple restait entre les mains du pape11.
Le sort des dignitaires [modifier]
Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur le bûcher, enluminure provenant des Grandes Chroniques de France
Plaque commémorative sur l'île de la Cité.
Une commission pontificale fut nommée le 22 décembre 131376. Elle était constituée de trois cardinaux et d'avoués du roi de France et devait statuer sur le sort des quatre dignitaires de l'ordre. Devant cette commission, ils réitérèrent leurs aveux. Le 11 ou 18 mars 131477, les quatre Templiers furent amenés sur le parvis de Notre-Dame de Paris afin que l'on leur lût la sentence. C'est là que Jacques de Molay, maître de l'ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur de France et Geoffroy de Goneville, précepteur en Poitou-Aquitaine apprirent qu'ils étaient condamnés à la prison à vie.
Toutefois, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clamèrent leur innocence. Ils avaient donc menti aux juges de l'Inquisition, furent déclarés relaps et devaient subir une autre sentence. Voici la description qu'en fit, dans sa chronique latine, Guillaume de Nangis, un chroniqueur de l'époque : « Mais alors que les cardinaux pensaient avoir mis un terme à cette affaire, voilà que tout à coup et inopinément deux d'entre eux, le grand maître et le maître de Normandie, se défendirent opiniâtrement contre le cardinal qui avait prononcé le sermon et contre l'archevêque de Sens [Philippe de Marigny], revenant sur leur confession et sur tout ce qu'ils avaient avoué. »78
Le lendemain, Philippe le Bel convoqua son conseil et, faisant fi des cardinaux, condamna les deux Templiers au bûcher. Ils furent conduits sur l'île aux Juifs79 afin d'y être brûlés vifs. Geoffroi (ou Godefroi) de Paris fut un témoin oculaire de cette exécution. Il écrivit dans sa Chronique métrique (1312-1316), les paroles du maître de l'ordre : « […] Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamné à tort : Dieu vengera notre mort. […] » Proclamant jusqu’à la fin son innocence et celle de l'ordre, Jacques de Molay s'en référa donc à la justice divine et c'est devant le tribunal divin qu'il assignait ceux qui sur Terre l'avaient jugé. Les deux condamnés demandèrent à tourner leurs visages vers la cathédrale Notre-Dame pour prier. C'est avec la plus grande dignité qu'ils moururent. Guillaume de Nangis ajouta : « On les vit si résolus à subir le supplice du feu, avec une telle volonté, qu'ils soulevèrent l'admiration chez tous ceux qui assistèrent à leur mort… ».
La décision royale avait été si rapide que l'on s'aperçut après coup que la petite île où l'on avait dressé le bûcher ne se trouvait pas sous la juridiction royale, mais sous celle des moines de Saint-Germain-des-Prés. Le roi dut donc confirmer par écrit que l'exécution ne portait nullement atteinte à leurs droits sur l'île78.
Giovanni Villani, contemporain des Templiers, mais qui n'assista pas à la scène, ajouta dans sa Nova Cronica que « le roi de France et ses fils éprouvèrent grande honte de ce péché », et que « la nuit après que ledit Maître et son compagnon ait été martyrisés, leurs cendres et leurs os furent recueillis comme des reliques sacrées par les frères et d'autres religieuses personnes, et emmenés en lieux consacrés. »78 Ce témoignage est toutefois sujet à suspicions, Villani étant un florentin et ayant rédigé son ouvrage entre une et deux décennies après les faits.
Conséquences et légendes [modifier]
La dissolution de l'ordre lors du concile de Vienne et ensuite la mort de Jacques de Molay marquèrent la fin définitive de l'ordre du Temple. Les biens templiers, en particulier les commanderies, furent reversés par la bulle papale Ad Providam en majeure partie à l'ordre de l'Hôpital, sauf dans le royaume de Valence où ils passèrent au nouvel ordre de Montesa, fondé en 1317, et au Portugal où ils passèrent à l'ordre du Christ, fondé en 1319 (ordre du Christ dont on verra la croix sur les voiles des navires de Christophe Colomb lors de sa traversée de l'Atlantique en 1492). Ces deux ordres sont les seuls "successeurs légitimes du Temple"80.
La disparition de l'ordre fut également profitable à la bourgeoisie, dans le sens où cette dernière fournit pour le compte de l'état nombre de gestionnaires afin de gérer les biens qui appartenaient jadis au temple.
La nationalisation de l'administration financière du royaume, voulue alors par le roi afin de ne plus dépendre de personnes étrangères (que ce soit des lombards, des juifs ou des templiers, ces derniers échappant à la sphère du pouvoir royal) fut une autre conséquence de la disparition de l'ordre. Cette dernière conséquence rentrait dans le cadre du renforcement du pouvoir de l'état, via la personne royale, processus qui fut une pièce maîtresse du règne de Philippe le Bel.
La fin tragique des Templiers a contribué à générer des légendes à leur sujet. Celles-ci vont des rumeurs au sujet de leur association avec le Saint-Graal, jusqu'aux interrogations à propos de leurs liens éventuels avec les francs-maçons. De plus, certains groupements ou sociétés secrètes, tels que le Prieuré de Sion, la Rose-Croix ou encore certaines sectes81, telles que l'ordre du Temple solaire (et ses survivances, comme le Collège Templier) ou l'Ordo Templi Orientis, se réclameront par la suite de l'ordre, affirmant leur filiation en s'appuyant sur une pseudo-survivance de l'ordre ou en usurpant l'habit templier et en reprenant certains rites.
Chevaliers de l'Ordre de Malte :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval...
Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte
Siège actuel Rome, Italie
Monnaie Scudo, tari, grani3 (non reconnue)
Statut Monarchie élective
Prince et Grand maître Fra’ Matthew Festing
Constitution Charte constitutionnelle
Diplomatie 100 ambassades4
Devise « Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum »,
« Défense de la Foi et Assistance aux Pauvres »
Hymne national « Ave Crux Alba »
« Je vous salue (Sainte) Croix blanche »
Fête nationale 24 juin5.
Jour de la Saint Jean Baptiste
Territoire sans territoire depuis 1798
Population environ 12 500 membres
+ 80 000 bénévoles réguliers non membres
Fondation entre 1048 et 1090
Ordre monastique depuis le 15 février 1113
Ordre militaire depuis le xiie siècle
L’ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, plus communément appelé, suivant les époques, ordre de l’Hôpital, ordre Hospitalier, ordre de Rhodes, religion ou ordre de Malte, est une organisation catholique souveraine à vocation humanitaire, créée au milieu du xie siècle par des Latins originaires d’Amalfi en Campanie, en Italie, du monastère Saint-Jean-l’Aumônier à Jérusalem.
Installé successivement à Jérusalem, Chypre, Rhodes, Malte et enfin Rome depuis 1834, cet ordre, anciennement à la fois religieux et militaire, aujourd'hui laïc et civil, est depuis sa création tourné vers les pauvres et les malades en vertu de la première règle de l’ordre : « Protéger la foi, secourir les indigents, accueillir les sans-logis, soigner les malades et œuvrer pour la paix et le bien dans le monde ». Néanmoins, au cours de sa longue existence, il a été aussi un des principaux remparts de l’Occident chrétien, durant les croisades dans un premier temps, puis à l’époque où ses marins aguerris sillonnaient la Méditerranée, avant de développer, à partir de la Renaissance, un savoir médical envié et mondialement reconnu.
Aujourd’hui, le siège de l’ordre se trouve à Rome, Via dei Condotti près de la place d’Espagne. Son siège et son Palais de l’Aventin jouissent d’un statut d’extraterritorialité, permettant ainsi à l’« Ordre de Malte » d’être considéré, à juste titre, comme la seule structure gouvernementale au monde à vocation humanitaire.
Ses actions humanitaires actuelles restent principalement tournées vers la pauvreté. L’ordre est également très actif dans la lutte contre la lèpre et plus globalement les soins médicaux ; de plus, on peut noter l’existence de missions ponctuelles de secourisme d’urgence lors de catastrophes naturelles ou d’aide humanitaire envers les réfugiés lors de conflits armés, ce qui assure actuellement sa présence dans plus de 120 pays à travers le monde6.
La devise officielle de l’ordre, en latin, est : « Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum » ( « Défense de la Foi et Assistance aux Pauvres »). Ses membres sont souvent appelés les « Hospitaliers », ou encore les « moines noirs »7 en raison de leurs habits de chœur.
v.1080-1522 : de Jérusalem à Rhodes
v.1080-1291 : Jérusalem
Les origines
L’ordre a ses origines au monastère Sainte-Marie-des-Latins fondé à Jérusalem, au milieu du xie siècle, par des marchands amalfitains. Le supérieur, Gérard Tenque, crée vers 1080 à côté de son monastère un « hôpital » (ou hospice) dédié à Jean le Baptiste. Son rôle est d’accueillir et de soigner les chrétiens venus accomplir un pèlerinage en Terre Sainte. Jérusalem est, à cette époque, sous domination musulmane.
Villedieu-les-Poêles (Manche), accueille la première commanderie des Chevaliers de Malte
Vers 1130, Henri 1er Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie, fait don aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem d’un territoire situé en vallée de la Sienne, qui devient la première commanderie de l’Ordre.
Tous les quatre ans une importante délégation de l’Ordre souverain des Chevaliers de Malte participe aux cérémonies du Grand Sacre à Villedieu les Poêles
Organisation de l’ordre
Lors de la première Croisade en 1099, Jérusalem passe sous domination chrétienne. Cette prise, voulue par le pape Urbain II, renforce de façon importante l’insécurité dans la région. C’est pourquoi les frères hospitaliers, reconnus comme ordre monastique le 15 février 1113 par le pape Pascal II8, deviennent rapidement après leur fondation un ordre militaire, le deuxième en Terre Sainte après les Templiers. Raymond du Puy, premier Grand Maître de l'ordre entre 1120 et 1160, se charge de cette transformation en le structurant en trois classes7 : les bellatores (guerriers - c’est-à-dire les militaires) constituent la première classe, les sacerdotes (les religieux) la seconde, les autres membres étant regroupés au sein d’une troisième classe, les laboratores (c'est-à-dire les travailleurs). L’Église proteste un temps contre la militarisation de l’ordre en lui rappelant que son premier devoir est de secourir les pauvres et les malades ; mais après la prise de Jérusalem en 1187 par Saladin, on s’accommode de cette solution7. Les membres de l’ordre prennent comme cri de guerre : Saint-Jean, Saint-Jean !9, la raison en est que Jean le Baptiste est le saint protecteur de l’Ordre de Malte10.
Drapeau de l'ordre établi en 1130 par le pape Innocent II.
À la demande de Raymond du Puy, le pape Innocent II attribue aux Hospitaliers, en 1130, le drapeau rouge à croix blanche11 - tel qu'il flotte encore de nos jours sur les palais de l'ordre -. Mais il faudra attendre la parution en 1496 des « princeps de l'Ordre »12 pour que la forme de la croix à quatre branches bifides trouve une signification spirituelle à travers les huit béatitudes du Christ. Avant cette date, les différentes illustrations montrent l'habit marqué d'une croix pattée, potencée, quelques fois bifide, mais rarement simple.
En 1153, le pape Eugène III donne son approbation de la Règle des Hospitaliers11.
Le Krak des Chevaliers (reconstitution) contrôlé par les chevaliers de l'Ordre de Malte entre 1142 et 1271
Comme les Templiers, les Hospitaliers vont alors jouer, jusqu'au xiiie siècle, un rôle de premier plan sur l'échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin11 ; en 1142 celle du krak des Chevaliers13. Leur structure militaire et leurs places fortes en font une armée très efficace, même si elle n'hésite pas à s'ingérer dans la conduite du royaume, formant à la cour un véritable « parti de la guerre », qui s'oppose aux « poulains », seigneurs francs nés en Terre Sainte, plus favorables à une entente avec les musulmans.
En 1181, paraissent les premiers statuts officiels de l'ordre concernant l'accueil des malades11.
La puissance de l'ordre vient avant tout de ses possessions en Occident. En effet, sa double vocation, militaire et monastique, lui attire les faveurs de la noblesse, qui se sent plus proche de ces moines-chevaliers que des institutions ecclésiastiques. Cela est particulièrement frappant dans le Midi de la France et dans la péninsule ibérique. Le roi Alphonse Ier d'Aragon va jusqu'à laisser le tiers de son royaume aux ordres militaires à sa mort en 1134. Les Hospitaliers organisent ces dons reçus de l'Occident en commanderies, elles-mêmes regroupées en prieurés, puis en grands prieurés, dont les chefs, les prieurs, répondent directement au grand-maître, chef suprême de l'ordre. Ces commanderies, gérées par des frères trop âgés pour combattre, envoient en Terre Sainte les subsides nécessaires à la poursuite de la lutte contre les musulmans.
En 1206, paraissent les premiers statuts officiels et connus de l'ordre : en accord avec la division en trois ordres de la société médiévale, ils confirment les trois classes établies par Raymond du Puy :
ceux qui combattent, chevaliers nobles et sergents roturiers.
ceux qui prient, les chapelains
ceux qui travaillent, les frères servants
Parmi les chevaliers sont recrutés les responsables de l'ordre, commandeurs, prieurs et grand-maître. Tous ces frères sont liés par les vœux religieux, à la différence des confrères, chevaliers qui se joignent temporairement à l'ordre ou font promesse de s'y joindre à l'article de la mort, pour bénéficier ainsi de sa protection spirituelle tout en menant une vie laïque. Les Hospitaliers doivent se consacrer – en plus de leur action militaire – aux soins des malades, à l'entretien des hôpitaux en Terre Sainte et en Occident et à l'accueil des pèlerins. Dans les périodes mouvementées des xiie et xiiie siècles, c'est néanmoins la fonction militaire qui prend le dessus, particulièrement en Terre Sainte.
L’exode suite à la perte de Saint-Jean-d'Acre
L'ordre suit les vicissitudes des États latins de Terre Sainte et leur recul progressif vers la côte. Le 28 mai 129114, les croisés perdent Saint-Jean-d'Acre à l'issue d'une bataille sanglante durant laquelle le Grand maître hospitalier, Guillaume de Villiers, est grièvement blessé. Les chrétiens sont alors obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers et les Hospitaliers n'échappent pas à cet exode. La Grande maîtrise de l'ordre est alors déplacée à Chypre.
1291-1309 : Chypre
À la différence des Templiers, qui se réorganisent en Occident, l'ordre se replie vers Chypre où se trouve déjà le roi titulaire de Jérusalem, Henri II de Lusignan, qui voit d'un mauvais œil une organisation aussi puissante s'installer sur son royaume. Là, l'ordre instaure en 1301 une structure élaborée pour ses possessions en Occident fondée sur les « Langues »15. Ces « Langues » sont des groupements régionaux de grands prieurés, eux-mêmes regroupements de commanderies. Elles sont au nombre de sept, puis huit à partir de 149216, et chacune est dirigée par un pilier, qu'on appellera plus tard bailli :
la « Langue de Provence » : tout le Midi de la France en plus de la Provence, avec deux grands prieurés, Toulouse et Saint-Gilles ; le pilier de Provence est grand commandeur et seconde le grand-maître dans ses fonctions.
la « Langue d'Auvergne » : tout le centre de la France ; un seul grand prieuré, celui de Bourganeuf ; le bailli d'Auvergne a le statut de maréchal, commandant de l'armée que constitue l'ordre.
la « Langue de France » : ne couvre en fait que le nord de la France, avec les grands prieurés d'Aquitaine (siège à Poitiers), de Champagne et de France ; le bailli de France est le Grand hospitalier de l'ordre ; il a pour fonction de gérer les activités charitables de l'ordre.
la « Langue d'Espagne » : elle recouvre toute la péninsule ibérique, avec les grands prieurés d'Amposta ou d'Aragon, de Catalogne, de Castille et León, de Navarre et de Portugal ; le bailli d'Espagne est drapier de l'ordre (cette charge sera, après 1492 16, celle du Bailli d'Aragon), c'est-à-dire qu'il est en charge des vêtements pour les frères et les malades. En 1492, 16 une huitième Langue est constituée en raison de la scission de celle d'Espagne en deux parties :
la « Langue de Castille » garde la Castille, León et le Portugal. Après 1492, le pilier de Castille est grand chancelier de l'ordre.
la « Langue d'Aragon » hérite d'Amposta, de la Catalogne et de la Navarre
la « Langue d'Italie » : les grands prieurés de Messine, de Barletta, de Capoue, de Rome, de Pise, de Lombardie et de Venise ; le bailli d'Italie est l'amiral de la flotte de l'Ordre de Malte
la « Langue d'Angleterre » : toutes les Îles britanniques avec les grands prieurés d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande ; le bailli d'Angleterre est turcopolier, c'est-à-dire commandant des troupes légères.
la « Langue d'Allemagne » : les grands prieurés de Bohême, de Danemark, de Haute-Germanie, de Basse-Germanie, de Hongrie, de Pologne et de Suède. Le pilier d'Allemagne est le seul à ne pas avoir de grand office.
En 1306, le pape Clément V autorise les Hospitaliers à armer leur navires17.
Cette administration, exemplaire pour l'époque, permet à l'ordre de tirer un grand profit de ses possessions en Occident et d'entretenir l'espoir d'une reconquête de la Terre Sainte.
1310-1523 : Rhodes
Entre 1307 et 1310, l’ordre, dont la rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de s'accentuer, conquiert l’île de Rhodes18, alors sous souveraineté byzantine, qui devient son nouveau siège. De leur position insulaire, les Hospitaliers développent la grande flotte qui fait leur réputation.
En 1311, ils créent le premier hôpital de l'île de Rhodes19.
Leur richesse s'accroît encore par le transfert Ad providam des biens des Templiers, le 2 mai 131220 (à l'exception de leurs possessions d'Espagne et du Portugal, où deux ordres naissent des cendres de l’ordre du Temple, l’ordre de Montesa et l’ordre du Christ). L’ordre de Saint-Jean, qu’on commence à appeler « de Rhodes », transforme son action militaire en guerre de course, alors peu différente de la piraterie, attaquant même des bateaux chrétiens et pratiquant l’esclavage. Signe d'un enrichissement de l’ordre en même temps que d'une conquête de souveraineté, les grands maîtres se mettent à battre monnaie à leur effigie.
En 134417, les Hospitaliers conquièrent la ville de Smyrne, dans l'actuelle Turquie, mais la perdent en 1402.
Siège de Rhodes en 1480
Mais, pendant que les chevaliers de Rhodes exercent un contrôle maritime sur la mer Égée, la dynastie ottomane conquiert peu à peu les territoires riverains : l'empire agonisant de Byzance et les États latins de Grèce nés de la quatrième Croisade. En 1396, une croisade soutenue par l'ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis. Le sultan Bajazet Ier a désormais les mains libres dans les Balkans. Seule sa défaite de 1402 face aux Mongols de Tamerlan sauve Rhodes. Avec l'échec de Nicopolis, tout espoir de reconquête terrestre des Lieux Saints par l'ordre est définitivement perdu. Les chevaliers ne peuvent plus agir que par la guerre de course en Méditerranée.
En 1440 puis en 1444, l'île de Rhodes est assiégée par le sultan d'Égypte, mais les chevaliers de Rhodes repoussent ces deux attaques.
En 1453, le sultan Méhémet II s'empare de Constantinople ; le grand maître Jean de Lastic se prépare à un siège. Celui-ci n'est mis autour de Rhodes qu'en 148021 et le grand maître Pierre d'Aubusson repousse à trois reprises l'assaut des troupes du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l'Islam, grâce à des secours en provenance de France, conduits par le propre frère du grand maître, Antoine d'Aubusson. Le siège décisif a lieu en 152222. Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes avec 200 000 hommes et ne parvient à la prendre qu'à la suite de la trahison du grand chancelier d'Amaral. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, il accorde libre passage aux chevaliers rescapés. Emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de la Vierge de Philerme23, l'un des symboles de l'ordre, les chevaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale et la proximité avec le monde musulman le 1er janvier 1523.
1523-1530 : l’errance
Les Hospitaliers entament en 1523 une errance de sept années qui les conduit à Civitavecchia24, en Italie, puis, en 1528, le pape Clément VII, ancien Hospitalier, les héberge à Viterbe24 ; mais finalement, ils partent pour Nice en France peu de temps après24.
1530-1798 : l’Ordre à Malte
L’installation dans l’archipel
L'empereur Charles Quint, comprenant l'utilité que peut avoir un ordre militaire en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger est conquis par le célèbre Barberousse en 1529), confie à l'ordre l'archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile, par un acte du 24 mars 1530. Les chevaliers se retrouvent aux avant-postes de la Chrétienté, mais le grand maître de Villiers de l'Isle-Adam entretient toujours l'espoir de reprendre pied à Rhodes. Ce n'est qu'à sa mort, en 1534, que les Hospitaliers renoncent définitivement à l'Orient. Face aux progrès ottomans (Tunis est pris en 1534), le borgho, principale ville de l'archipel, est fortifié. Alors que pèse cette menace sur le nouveau siège de l'ordre, la Réforme porte en Europe du Nord un grand coup aux possessions des Hospitaliers. De nombreuses commanderies sont sécularisées et certains grands prieurés cessent purement et simplement d'exister, comme ceux de Suède et de Danemark. En 1540, le roi d'Angleterre Henri VIII supprime de facto la Langue d'Angleterre. C'est dans ce contexte difficile que l'ordre doit faire face à la plus grande épreuve de son histoire : le « grand siège » de 1565.
Le « grand siège » de 1565
Portrait de Jean Parisot de La Valette, 49e Grand maître de l'ordre
La flotte turque qui se présente le 18 mai 156525 devant Malte compte plus de 160 galères et 30 000 hommes, face aux 800 chevaliers et 1 450 soldats que le grand maître Jean Parisot de La Valette a convoqué.
Les Ottomans prennent place sur la presqu'île de Sciberras qui domine Birgu et son Grand Port. Cependant à l'extrémité de la presqu'île se trouve le fort Saint-Elme que les Ottomans doivent réduire au silence afin de pouvoir lancer l'assaut sur Birgu.
Le Siège de Malte
Cette citadelle dont les fortifications ne sont pas encore achevées est tenue par 60 chevaliers et quelques centaines d'hommes. Le chef des Ottomans le corsaire Dragut espère en être maître en cinq jours. Les cinquante canons turcs commencent à pilonner le fort et les ottomans partent à l'assaut mais les chevaliers résistent. Cependant le fort est isolé, encerclé par les galères ottomanes d'un côté et de l'autre par les troupes terrestres, la faiblesse numérique des chevaliers les empêchant de lancer une contre-attaque pour briser l'encerclement. Les chevaliers, affamés, renforcés par les quelques soldats qui parviennent à rejoindre le fort à la nage, tiennent plusieurs semaines mais la situation devient rapidement critique. Celui de Saint-Elme tombe le 23 juin, deux cents chevaliers y trouvent la mort.
De plus, pour démoraliser les chevaliers restant de l'île, le commandant ottoman, Mustapha pacha, lance dans la rade des radeaux portant les corps crucifiés de défenseurs du fort de Saint-Elme. En réponse à cela, Jean Parisot de La Valette fait décapiter les prisonniers ottomans et expédie leurs têtes dans les lignes ennemies à coups de canon.
Les Ottomans se tournent alors vers Birgu en juillet mais le temps qu'ils ont perdu face au fort Saint-Elme a été mis à profit par l'ordre pour demander de l'aide dans toute l'Europe chrétienne. Les deux autres forts, Saint-Ange et Saint-Michel, tiennent bon, ainsi que l'enceinte de Birgo, duquel les Turcs, parvenus à y faire une entrée le 7 juin sont repoussés. La situation des assiégés maltais est critique quand arrive le 7 septembre le « Grand secours »: l'armée espagnole en provenance de Sicile. Les Turcs sont contraints à lever le siège. Les Turcs se replient alors laissant environ 30 000 morts sur le terrain tandis que les pertes chrétiennes ne s'élèvent qu'à 9 000 morts et 219 chevaliers tués. L'échec ottoman est incontestable; cette page glorieuse de l'ordre ouvre une longue période de prospérité pour Malte.
Lépante et la mainmise de l’ordre sur la Méditerranée occidentale
La Bataille de Lépante (1571)
Après l'échec du siège, l'ordre se retrouve au centre des attentions des puissances catholiques européennes. Le 7 octobre 1571, les Hospitaliers s'illustrent à la bataille de Lépante, où la flotte de la sainte Ligue, commandée par don Juan d'Autriche, détruit la flotte ottomane. Une autre célèbre bataille maritime est livrée, le 16 août 1732, au large de Damiette en Égypte26.
Après Lépante, le danger en Méditerranée ne vient plus de la flotte de guerre ottomane mais des corsaires « barbaresques » d'Afrique du Nord. l'ordre se lance à nouveau dans le corso, la guerre de course, qui de contre-attaque qu'elle était à l'origine, devient vite un moyen pour les chevaliers de s'enrichir par l'arraisonnement des cargaisons mais surtout par le commerce d'esclaves, dont La Valette devient le premier centre chrétien.
L'ordre entre alors dans une période de singulières mutations : les chevaliers novices lui doivent d'effectuer quatre « caravanes », quatre expéditions de course lors de quatre années consécutives à Malte, mais reçoivent souvent par la suite la permission de servir leur souverain d'origine. Les institutions centrales du grand magistère s'enrichissent de la course et transforment les commanderies européennes en un système de bénéfices qui permet à l'aristocratie de placer ses fils cadets, qu'elle fait souvent admettre dans l'ordre dès l'enfance afin qu'ils soient mieux placés dans la « course aux commanderies ». Ainsi, on trouve peu de chevaliers accomplissant toute leur carrière dans l'ordre, mais au contraire une rotation importante de novices venus accomplir leurs « caravanes », qui, une fois munis d'une commanderie, s'en vont servir leur roi, souvent dans la marine. Les grands amiraux français des xviie et xviiie siècles, tels Coëtlogon, d'Estrées, Tourville ou Suffren, sont tous des chevaliers de Malte.
Malte et la culture
Portrait d'Alof de Wignacourt, 54e Grand maître de l'ordre, peint par Le Caravage qui fut un éphémère chevalier de Malte
Au xvie et xviiie siècle, l'île — et donc l'Ordre de Malte — est devenu un lieu de rencontre et de raffinement où se croisèrent de nombreux artistes27 tel Le Caravage, Rubens, Baccio Bandinelli, ou encore Mattia Preti. On ne peut néanmoins pas parler d’« École Maltaise » au sens littéral car les influences étaient très diverses ; mais leur héritage, par notamment de nombreux portraits de membres de l'ordre, reste très important.
De plus, l'Ordre de Malte a accumulé de très nombreux trésors baroques au xviiie siècle : on y trouve en particulier des tapisseries exécutées par les Gobelins entre 1708 et 171027 et la grande bibliothèque de Malte construite entre 1786 et 179627 selon les plans de Stefano Ittar. En 1798, on y dénombrait 80,000 livres27. En raison de la perte de l'île en 1798, cette bibliothèque n'a été inaugurée qu'en 181227 par les anglais, et ce n'est qu'en 197627 qu'elle a reçu son nom actuel de « Bibliothèque nationale de Malte ».
Malte et la médecine
Du xvie au xviiie siècle, les Hospitaliers vont développer de manière très importante les techniques de médecine et de soins du corps. On peut citer notamment les premières anesthésies28 à la fin du xviiie siècle, avec des éponges imbibées d'opium que les malades suçaient jusqu'à s'évanouir.
Mais tout commence réellement en 152329 quand les Hospitaliers innovent dans la médecine d'urgence en créant le premier navire hôpital avec la caraque « Santa Maria » ; puis en 1550, durant la guerre contre le corsaire ottoman Dragut, ils installent des infirmeries de campagne sous des tentes afin de pouvoir soigner les militaires blessés29. Parallèlement, en 1530, le Grand Maître Villiers de L'Isle-Adam crée une « Commission de santé » composée de deux chevaliers et de trois notables29 en installant la première « Sacrée infirmerie » et une apothicairie sur l’île de Malte. Ce complexe, novateur à l'époque, est construit sur la côte Est de l'île en face du port afin de pouvoir accueillir le plus rapidement possible les blessés acheminés par mer. Cependant, il faudra attendre 153229 pour qu'il soit terminé.
Plus tard, en 1575, un second hôpital sera construit de l'autre côté de l’île de Malte.
En 1595, l'École de médecine de Malte est créée ; plus tard, apparaissent l'École d'Anatomie et de Chirurgie (167624), puis l'école de pharmacie de Malte (1671) et enfin la bibliothèque médicale de Malte (1687). Mais il faudra surtout attendre 1771 pour que soit crée la fameuse Université de médecine de l'île de Malte qui ajoutera à la renommée méditerranéenne de ses pratiques médicales, une attractivité mondiale24.
On peut également noter la création de l'École de mathématiques et des sciences nautiques au sein de l'Université de Malte en 1782 ; puis, en 1794, la création de la chaire de dissection de Malte24.
La Révolution et l’exil
Paul Ier de Russie (élu 71e grand maître mais non reconnu par le pape) - il porte au cou le collier de l'Ordre de Malte
En 1792, la Révolution française confisque les biens français de l'Ordre de Malte, comme ceux de tous les autres ordres religieux. Le Grand prieuré de France est dissout cette même année30. L'ordre perd alors les trois quarts de ses revenus en France.
En 1793, l’île de Malte échappe de peu à une révolte fomentée par des espions de la Convention24.
Suite aux triomphes de Napoléon Bonaparte en Italie en 1796-97, le grand maître Ferdinand de Hompesch demande au tsar de Russie Paul Ier de devenir le protecteur de l'ordre. Le 10 octobre 1798, les 249 chevaliers de l'ordre exilés en Russie le proclament « Grand maître de l'Ordre de Malte », mais cela ne suffit pas à protéger l'île et l'ordre, de l'invasion française par Napoléon en 1798 (qui les chasse), puis anglaise en 1800.
L'élection de Paul Ier en 1798 provoque de nombreuses objections31. En effet, celui-ci est orthodoxe et marié. Cet évènement sans précédent dans l'histoire de l'ordre amène le Pape Pie VI à ne pas le reconnaître comme grand maître. Au décès de Paul Ier, en 1801, son fils Alexandre Ier de Russie, conscient de cette irrégularité, décide de rétablir les anciens us et coutumes de l'Ordre catholique des Hospitaliers31, par un édit du 16 mars 1801 par lequel il laisse les membres profès libres de choisir un nouveau chef. Néanmoins, étant donnée l'impossibilité de réunir l'ensemble des électeurs, le comte Nicholas Soltykoff assure l'intérim de la charge. Finalement, en 1803, il est convenu que la nomination du grand maître incombera uniquement et exceptionnellement au Pape Pie VII alors régnant ; le 9 février 180331, le pape choisit le candidat élu du Prieuré de Russie, le bailli Jean-Baptiste Tommasi.
Depuis 1798 : un État sans territoire
Chassé, l'ordre cherche néanmoins à récupérer son territoire à Malte, et réussit à faire passer dans le traité d'Amiens (25 mars 1802)32 une clause qui prévoit la restitution de son territoire insulaire ; mais cet événement ne se produira pas car la France et l'Angleterre sont de nouveau en guerre. Le Grand Maître Tommassi installe l’état-major de l'ordre à Messine en Sicile, puis à Catane en Italie, en attendant la possibilité de rentrer à Malte.
En 1814, le traité de Paris reconnaît l'Angleterre (anglicane) seule propriétaire de l'île de Malte33, ce qui éloigne encore un peu plus les espoirs d'un retour. En 1822, pourtant, la convention de Vérone33 reconnaît une fois encore la légitimité des réclamations de l'Ordre mais devant un blocus international, l'île ne leur est pas restituée.
Devant cet « État sans territoire », le pape Léon XI leur accorde en 1826 33 comme consolation un couvent et une église à Ferrare en Italie. En 1834, bien ancré en Italie, l'Ordre installe définitivement son état-major à Rome avec la bénédiction papale.
À partir de 1864, l'organisation internationale en « Langues » de l'ordre de Malte disparaît au profit de la création d’« Associations nationales » ou de « Grand Prieurés ». En 1879, le pape Léon XIII rétablit la dignité de « Grand Maître » qui était vacante depuis la mort de Tommassi en 1805.
À partir de ce moment, l'ordre de Malte crée à travers l'Europe (et plus largement le monde) des fondations locales (compétences territoriales)qui vont permettre de perpétuer les vœux initiaux des premiers chevaliers, c’est-à-dire « Défense de la Foi et Assistance aux Pauvres » :
En 1859 : fondation d'un hôpital à Naples34
En 1864 : fondation de l'Association de Rhénanie-Westphalie34
En 1876 : fondation de l'Association britannique34
En 1877 : installation des premiers trains hôpitaux34
En 1881 : fondation de l'Association d'Espagne34
En 1891 : fondation de l'Association française34
En 1914 : création des premiers trains-hospitaliers pour soigner les blessés de la grande guerre (des deux cotés)34
En 1927 : création des Œuvres hospitalières françaises de l'ordre de Malte (OHFOM)34
En 1934 : fondation de l'Institut de médecine missionnaire.34
En 1951, le cardinal Nicola Canali, grand maître de l’ordre équestre du Saint-Sépulcre et grand prieur de l’ordre de Malte à Rome, essaya en vain de se faire élire grand maître de l’ordre de Malte 35 36; mais le cumul de ces fonctions avec celle du Saint-Sépulcre était incompatible, on lui refusa donc la possibilité de se présenter. Non satisfait, le cardinal Canali chercha le soutien du Vatican afin de retirer à l'ordre de Malte son caractère souverain et le mettre sous l'unique tutelle du Vatican. Ses desseins échouèrent, mais il en a résulté un profonde crise qui a conduit les membres de l'ordre de Malte à repenser leur Constitution. Et c'est finalement une nouvelle charte constitutionnelle qui a été promulguée par les membres de l'ordre de Malte et qui a été approuvée en 1961 par le pape Jean XXIII37 ce qui mit un terme à dix ans de tumultes.
En 1998, après deux siècles loin de Malte, l'ordre de Malte est réintroduit sur l'île, où la République de Malte a mis à sa disposition le fort Saint-Ange à La Valette pour tenir ambassade.
L'ordre aujourd'hui
D'ordre religieux et militaire à ordre laïc et civil [modifier]
Aux origines, les chevaliers de l'ordre étaient tous des religieux à part entière, prononçant les troix vœux de chasteté, obéissance et pauvreté. Aujourd'hui, la quasi totalité des chevaliers sont des laïcs ; par exemple en France: 3 chevaliers profès (qui prononcent des vœux évangéliques: obéissance, chasteté et pauvreté) et 1 chevalier à voeux simples sur 542 chevaliers laïcs dont 23 chevaliers en obédience (qui prononcent une promesse d'obédience).
De la même manière, les chevaliers étaient aussi des militaires et combattaient fréquemment. Aujourd'hui, les chevaliers sont des civils qui n'exercent plus le métier des armes et les grades dans l'ordre ne correspondent plus à des fonctions militaires mais sont purement honorifiques.
De plus, tous les chevaliers exerçaient divers emplois de santé et soignaient eux-mêmes les malades. Aujourd'hui, les chevaliers ne soignent plus les malades mais délèguent ces tâches à des professionnels de la santé en les finançant par le truchement des œuvres caritatives de l'ordre.
Les membres de l'Ordre exercent aujourd'hui des services de bénévolat auprès des personnes vivant dans l'exclusion de la maladie, du handicap et de la pauvreté dans l'esprit de l'engagement qu'ils ont prononcé lors de leur admission.
Situation légale
Type de relations des États avec l'Ordre de Malte
relations diplomatiques (Ambassades)
autres relations (Associations, …)
L'ordre est reconnu par les nations comme un sujet de droit international public38, au même titre qu'un État. Il émet des timbres, bat monnaie39, délivre des passeports, a des ambassadeurs, etc. Cependant c'est une souveraineté sans territoire (les possessions à Rome et à Malte ne sont pas sous leur juridiction propre mais sous souveraineté italienne et maltaise respectivement) et limitée (en matière religieuse, l'ordre est incardiné au Saint-Siège). Il entretient des relations diplomatiques à part entière avec 102 puissances4 par le truchement de ses ambassadeurs et dispose également d'un siège d'observateur permanent auprès des Nations Unies4, de la Commission européenne4 et des principales organisations internationales4. L'Ordre de Malte a la possibilité de battre pavillon sur ses bâtiments maritimes, aériens et terrestres.
L'Ordre de Malte est à la fois souverain et, à ce titre, entretient des relations diplomatiques avec la secrétairie d'état du Saint-Siège et en même temps est un ordre religieux catholique incardiné auprès du Saint-Père — le grand maître a droit aux honneurs cardinalices — ce qui peut, en certaines rares occasions, être à l'origine de polémiques en raison de positions de quelques-uns de ses membres ; sa finalité première reste sa mission hospitalière envers les déshérités et les nécessiteux.
On dénombre environ 12 500 membres de l'Ordre de Malte et 80 000 bénévoles réguliers à travers le monde qui font vivre les activités hospitalières. La « fête nationale » de l'ordre se déroule le jour de la fête de Saint Jean Baptiste, c'est-à-dire le 24 juin40. À cette occasion en France, les membres de l'Association française des membres de l'Ordre Souverain de Malte se réunissent chaque année au château de Versailles5 .
L'Ordre est organisé ainsi aujourd'hui :
Grands prieurés : Rome, Lombardie & Vénétie, Naples & Sicile, Bohême, Autriche, Angleterre.
Prieurés : aucun.
Sous-prieurés: 6
Associations nationales 47: Allemagne (1859/1867), Royaume-Uni (1875), Italie (1877), Espagne (1886), France (1891), Portugal (1899), Pays-Bas (1911), Pologne (1920), États-Unis (1926), Hongrie (1928), Belgique (1930), Irlande (1934), Argentine (1951), Pérou (1951), Canada (1952), Cuba (1952), Mexique (1952), etc.
Activités hospitalières nationales
L'ordre a aussi toujours officiellement un caractère militaire — même s'il n'est plus armé — et catholique mais il a surtout conservé sa mission hospitalière : « secourir et soigner » ; ce qui fait de l'ordre de Malte le plus ancien organisme humanitaire (environ 900 ans d'âge). Pour la mener à bien, il dispose d'un personnel en grande partie bénévole. Chaque association nationale organise elle-même ses propres œuvres, qu'elle gère selon les lois du pays où elle réside41. Ces « associations » financent elles-mêmes leurs activités médicales, hospitalières et humanitaires grâce à des cotisations, des dons lors de quêtes nationales ou encore grâce à de nombreux legs41.
En France, l’ordre de Malte n'est pas reconnu comme réellement souverain et ne dispose pas à Paris d'un ambassadeur mais d'un « Représentant officiel auprès de la France »42. Pour développer son action caritative, l'Association française des membres de l'ordre souverain de Malte crée les Œuvres hospitalières françaises de l'ordre de Malte (OHFOM), une organisation caritative fondée en 1927. Cette association est très active dans la lutte contre la lèpre, dans les activités médico-sociales, dans l'exclusion sociale et la précarité ainsi que dans le secourisme et la formation d'ambulanciers. Pour l'ensemble de ses activités, elle a été reconnue d'utilité publique en 192843 par le gouvernement français. L'ordre de Malte - France (OHFOM) a reçu en 2007 le « Grand Prix Humanitaire » de l'Institut de France44.
Pour promouvoir son action auprès du public et lui permettre de faire appel au don en confiance, l'ordre de Malte - France (OHFOM), adhère au Comité de la Charte.
Diplomatie humanitaire internationale
L'Ordre de Malte est présent dans plus d'une centaine de pays en permanence6 et ses activités diplomatiques l'amènent à intervenir lors de catastrophes naturelles41 ou lors de conflits armés comme en 1969 au Biafra, au Vietnam en 1974, en Ouganda en 1980 mais aussi, par exemple, en Yougoslavie dans les années 1995/99.
Comité Hospitalier International de l'Ordre de Malte
En 2005, est créé au sein de l'Ordre de Malte le « Comité Hospitalier International de l'Ordre de Malte » placé sous la direction du Grand Hospitalier de l'ordre et qui a pour mission de coordonner les efforts extra-nationaux humanitaires de chacune des associations maltaises41.
Malteser International
On assiste également en 2005 au remplacement de l'ECOM (les Corps d’Urgence de l'Ordre de Malte) par le « Malteser International » afin de constituer un nouveau corps de secours international pour l'aide médicale et humanitaire d’urgence. Cette nouvelle structure a son siège à Cologne en Allemagne45 et regroupe 16 associations45 dépendantes de l'Ordre de Malte-Monde, à savoir l'Autriche, la Belgique, la Bohême, le Canada, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Irlande, l'Italie, la Hollande, la Pologne, le Portugal, la Suisse et les trois associations des États-Unis. Le Malteser International hérite de la longue expérience de l'ECOM qui avait été présent, par exemple, au Honduras après le passage de l'ouragan Mitch en 1998/99, au Kosovo en 1999/2000, au Pérou après le tremblement de terre de 2001, en Afghanistan en 2002/05. D’autres opérations à caractère médical et d’assistance ont eu lieu au Zimbabwe et en Angola en 2002, en Iraq en 2002/03. Le « Malteser International » est actuellement présent dans 35 pays45.
Comité International de l'Ordre de Malte
Le « Comité International de l'Ordre de Malte », également appelé CIOMAL, a été créé en 1958. Il a pour mission de lutter contre la lèpre et de soigner plus globalement les malades. En 1999, cette mission a été étendue aux handicaps et aux maladies pouvant marginaliser comme le SIDA, par exemple.
Son siège est situé à Genève en Suisse45.
Membres et hiérarchie
Les membres de l'ordre sont divisés en différentes classes (3), suivant le degré d'engagement des membres, elles-mêmes subdivisées en catégories, soit avec ou sans preuves de noblesse ou encore clerc ou laic. Dans chaque classe, il existe des différentes catégories. 46. Le Prince et Grand Maître de l'ordre Frà Matthew Festing a été élu le 11 mars 2008.
L'ordre de Malte examine chaque année environ 300 demandes d'admission. Les membres actuels de l'ordre sont majoritairement issus de vieilles familles aristocratiques : Bourbon, La Rochefoucauld, Polignac, Faucigny-Lucinge, etc. ou encore l'ancien grand maître, Fra Andrew Bertie, qui descendait des Stuarts47.
Ordre pro merito Melitensi
L'ordre de chevalerie « pro merito Melitensi » récompense les personnalités qui ont acquis des mérites particuliers envers l'ordre ou qui ont soutenu ou participé à ses œuvres hospitalières. Les décorés ne deviennent pas pour autant membres de l’ordre.48
Émissions philatéliques
L'ordre émet des timbres depuis 1966 à partir de son petit territoire de la Via dei Condotti à Rome. Ces timbres sont très exactement produits par la « Poste Magistrale de l'Ordre Souverain de Malte »49 et grâce à un accord signé le 4 novembre 200449 avec l'Italie, elle est habilitée à acheminer du courrier avec ses propres timbres dans une cinquantaine de pays49. Le courrier affranchi avec des timbres de l’Ordre peut uniquement être expédié depuis le siège de la Poste Magistrale à Rome50.
L'émission de ces timbres procure à l'ordre des ressources non négligeables ; en particulier depuis qu'ils sont cotés par certains grands catalogues philatéliques italiens, comme le Sassonne ou l’Unificato. Néanmoins, en matière postale stricte, les timbres émis par l'ordre ne sont pas reconnus par l'Union postale universelle50 (UPU).
Les timbres mettent en valeur les symboles de l'ordre ainsi que les périodes historiques marquantes de son histoire : on retrouve ainsi des bannières rouges à croix blanche, des portraits de Grands maîtres, des scènes religieuses, les armoiries de l'ordre… Mais aussi depuis peu, des scènes représentant les actions actuelles des Œuvres hospitalières49.
Émissions numismatiques
L'ordre n'a commencé à émettre sa propre monnaie qu'après son installation sur l'île de Rhodes51, c'est-à-dire après 1310 au moment où l'Ordre de Malte s'est fortement enrichi et qu'il a réellement gagné sa souveraineté. Sur ces pièces, les portraits des Grands Maîtres de l'ordre figurent sur le verso tandis que sur le recto se trouve une croix. La croix à quatre branches bifides typique de la croix de malte n'apparaît qu'après 1520.
Le système monétaire maltais était constitué en part équivalente de pièces en cuivre, en argent et en or selon un acte interne datant de 153051. Au xviiie siècle, ce système fut remis en question par une forte émission de pièces en argent51. La monnaie maltaise était constituée de « scudo » (écu), de « tari » et de « grani (grains) » avec pour valeur : 1 scudo = 12 tari = 240 grani51
De nos jours, cette monnaie n'a plus qu'une valeur numismatique51.
je demande la photo de l'insigne de l'assotiation
merci!
bien des pays devraient suivre votre ordre.
S'il vous plaît quelles sont les sources de cet article ?