Nos Libertés

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 5 février 2012

Le Paysan


Le Paysan par NosLibertes

Entretien avec Régis Barral, paysan à Poyols dans la Drôme (26310), réalisé par Julien et Chrystelle, pour “Nos Libertés”.

Merci de soutenir notre travail d'investigation



mercredi 1 février 2012

Sarita, le Chemin des Chamans










Par Fanny, pour “Nos Libertés”, le 2 février 2012.

Yvo Pérez Barreto journaliste et cinéaste a écrit, en 1989, un livre passionnant sur les pouvoirs des plantes d’Amérique du sud : “Sarita, le Chemin des Chamans”. Yvo Pérez est aussi le réalisateur de documentaires très intéressants sur ce sujet, comme “Pérou sorcier”, “L’homme qui parle avec les plantes”, “Les Dieux thérapeutes du Brésil”, etc. Nous vous donnons un aperçu de son livre “Sarita, le Chemin des Chamans”, pour ceux qui sont intéressés par ce sujet.

Extraits :

— Avec les fleurs aussi, on fait des merveilles pour soulager l’être humain, me dit-il, voyant que je m’attardais à les regarder. Le cœur se soigne avec ces fleurs, ainsi que la vue, qui est l’organe le plus délicat de l’homme.

Puis il m’entraîna dans une pièce attenante, remplie de plantes et de flacons qui laissaient transparaître d’autres plantes macérant dans des liquides de couleur différentes. Ce devait être son laboratoire. Don Manuel Cordoba était grand, énorme, avait les cheveux courts et les yeux bleus ; il me faisait penser à mon père. Son franc-parler, sans ambages, sa façon de raconter toujours des anecdotes, de rire à tout propos contrastaient avec son regard ; il y avait quelque chose dans ses yeux que je ne devais retrouver que bien des années plus tard, dans ceux de certains guérisseurs, au Mexique. Je ne sais pas d’où cela vient exactement, on dirait qu’ils ont au-dessus de la rétine, une pellicule très fine et transparente qui leur donne un éclat étrange, comme celui des gens qui ont passé toute une nuit sans dormir. Seul ce détail me donnait l’impression que j’avais affaire à une personne différente.

Quand je lui demandai comment il avait appris à guérir, il resta pensif, puis partit dans un grand éclat de rire, comme s’il se rappelait quelque chose de très amusant. Puis il poursuivit comme si de rien n’était.

— Les plantes d’ici ne sont pas aussi puissantes qu’en certains autres endroits. Je recueille des écorces qui ressemblent à du carton, dit-il avec une moue de mépris. Les alcaloïdes, par exemple, vivent toujours à un niveau plus haut que celui de la mer. Du département de San Martin, je rapporte de nombreuses plantes que je connais.

Je n’insistai pas sur la question. Quelques mois plus tard, il devait y répondre.

— Moi, je ne dissimule aucun secret ; mes malades, je les préviens toujours à l’avance : si vous avez de la patience, je peux vous guérir. Car c’est un traitement très délicat. La sangre de grado, c’est la plante principale… Et après, viennent beaucoup d’autres qui ont un pouvoir curatif et qui existent dans la forêt.

Et il rit. Du fond d’un panier, il tira un morceau de bois rougeâtre :
— Voilà la sangre de grado, l’une des principales résines qui existent, non pas par ici, mais à Moyabamba, et avec laquelle on cautérise les ulcères semi-cancéreux et cancéreux. Je la mélange seulement à de l’eau distillée et je la donne à boire : dix gouttes pour le cas d’ulcération de l’intestin ou de tout autre organe intérieur féminin. Durant cinq jours, dans une ou deux gorgées d’eau, à jeun, et à l’heure de se coucher. On porte alors à cinq gouttes la dose quotidienne, puis une seule goutte par jour suffit, et ça y est, l’ulcère est cautérisé. Mais il faut tenir compte du fait que cette racine est à l’état brut, déclara don Manuel avec emphase, brandissant sous mes yeux le morceau de bois. C’est pourquoi je la mets d’abord à macérer, pour qu’elle produise peu à peu le liquide adéquat qu’on clarifie ensuite et qu’on dose pour éviter toute contradiction ou toxicité. Certaines plantes possèdent des éléments toxiques, c’est pour ça qu’on les cuisine et qu’on les perfectionne bien. Jamais ces plantes ne peuvent faire de mal ; au contraire, ce sont des anti-inflammatoires puissants, avec lesquels on guérit les gens.

Maintes fois, je revins voir don Manuel ; pratiquement chaque fois que je rentrais à Iquitos pour chercher des provisions, je passais lui rendre visite. Son langage, parfois technique et formalisé, me donnait l’impression de me trouver face à un biologiste ou un pharmacien. Seuls sa syntaxe et son accent de Loreto rachetaient le guérisseur de cet impressionnant, mélange de termes scientifiques. Je pensai que don Manuel était un homme à cheval sur deux cultures.

Un jour, il me dit :

— Ce sont les gringos qui les premiers ont reconnu mon travail. Pendant sept ans, j’ai composé tout un échantillonnage de racines, de fleurs, de fruits, d’écorces et de feuilles de certaines plantes que je connais, pour les laboratoires Merk, Squibb et Parke Davison, Ils me payaient en dollars, mais en ce temps-là, le dollar était une monnaie très basse. À partir de là, ils ont tiré des antibiotiques, des contraceptifs, des produits favorisant la conception, des hormones, des antituberculeux, des médicaments contre la lèpre, etc. Ce sont eux, les scientifiques, qui ont vérifié tout ça, et alors je n’ai plus extrait que les substances des plantes dont ils connaissaient les effets…

J’eus l’impression que sa reconnaissance envers les laboratoires étrangers dissimulait un léger reproche qui provenait sans doute du mépris que certains de nos cercles scientifiques affectent à l’égard de la médecine « traditionnelle ».

— Ça fait plus de soixante ans que je soigne les gens. C’est comme ça que je suis devenu un homme populaire, bien qu’au début, j’aie été poursuivi par les autorités, pour exercice illicite, empirique de la médecine. Mais je n’ai rien dit, j’ai continué à travailler. Maintenant, les plus hautes autorités du Pérou se font soigner avec mes médicaments.

Presque quatre mois après que J’eus fait sa connaissance, don Manuel se décida à répondre à ma question. Il était de bon poil cet après-midi-là. Il me reçut en souriant et me dit :

— J’ai quatre-vingt-dix ans et, pour ce qui est de danser, il n’y a pas une femme qui tienne la distance avec moi.

Puis il me convia à une promenade hors de la ville. Quand déjà la forêt commençait à se refermer sur nous, il s’arrêta, ouvrit les bras et s’exclama :

— Voilà mon milieu ambiant ! Et il tourna sur lui-même comme pour me montrer tous les arbres qui nous entouraient.

II rit, fidèle à son habitude, découvrant sa dent en or — chose qui me paraissait étrange chez un guérisseur —, et se mit à me raconter son incroyable histoire :

— Les propriétés des plantes, je les ai connues par l’intermédiaire des Indiens amahuacas, anthropophages, qui m’ont enlevé à l’âge de quatorze ans, au tout début de la vague du caoutchouc et de l’or noir. J’étais parti avec quatre hommes qui travaillaient avec un de mes parents du côté de la rivière Yurua. Nous allâmes à l’Ucayali, Tapiche, Rio Blanco, Yaravi et Yoruba. Nous descendîmes sur les versants d’une vallée encaissée appelée Fleuve Noir ; c’est là, après plusieurs jours de récolte du caoutchouc — que l’on trouvait en grande quantité — qu’une vingtaine d’Indiens amahuacas apparurent soudainement, nous encerclèrent et tuèrent mes quatre compagnons ; quant à moi, ils me ligotèrent, mais me laissèrent la vie sauve. Je vis mes amis dépecés, boucanés, puis déposés, enveloppés dans des feuilles fraîches, à l’intérieur de ces paniers qui servent à transporter la viande séchée des animaux tués dans la jungle. C’est ainsi que pendant neuf jours, ils m’emmenèrent à travers la forêt, sur les eaux du « Fleuve des Pierres », jusqu’à leur territoire de Parahuaca. Cordoba ferma les yeux comme pour échapper au souvenir.

Ils me gardèrent là-bas plusieurs années, sous les ordres du curaca, leur empereur, qu’ils appellent Umoc. Après avoir vécu six mois parmi eux, ils commencèrent à me donner à boire ce que les gens appellent des « purges », croyant que je resterais à jamais avec eux. Deux ans durant, ils me soumirent à des diètes rigoureuses, avec la plus grande vigilance. Deux ans pendant lesquels je ne mangeai que des perdrix ou des petits animaux rôtis. Là-bas, il n’y avait même pas de sel.

Eh bien, en deux ans, ils me firent prendre près de cinquante fois une plante à laquelle les Indiens donnent le nom de camaranti. C’est la reine des ayahuascas, la plante la plus puissante que prend l’Indien. Cette plante me racontait d’autres plantes, m’apprenait à les préparer, et à connaître leurs différents usages. Tout ça, je le voyais au cours des grands étourdissements que produisait en moi le camaranti. À cette époque-là déjà, les plantes emplissaient exclusivement mon esprit. Mon Dieu ! Combien de prodiges ai-je rêvés grâce à elles. Soudain, le ton de sa voix changea. Presque confidentiellement, comme s’il me livrait un grand secret, il me dit à mi-voix :
— Ce ne sont pas les Indiens qui m’ont appris tout ça, ce sont les plantes ! L’esprit des plantes est comme un être humain. Toutes les plantes sont comme un être humain, mais muettes. C’est comme ça, en rêve, qu’elles m’ont confié presque tout ce que je sais…

Et il rit…

— Trois ans plus tard, quand mourut le curaca Umoc, ils me donnèrent le nom de Xexox Umos, ce qui veut dire « La Panthère Noire », l’homme le plus puissant de la forêt. Le plus redoutable… C’est ainsi qu’ils me choisirent pour chef. Et tout était déjà écrit dans l’Amazone… J’assumai alors le commandement. J’étais bien assisté et, comme je pratiquais leur langue, je pus guider plus de trois mille Amahuacas. De cette période, j’ai gardé la connaissance d’innombrables plantes, qui existent également ici, mais qui ne sont pas aussi efficaces que dans ces régions. Ici, nous sommes au niveau de la mer. Dans cette région de l.oreto, mon pays, on rencontre plusieurs types d’ayahuascas, mais elles ne sont pas comme le camaranti.

La nuit s’entremêlait déjà aux plus hautes branches de la forêt, sans inquiéter don Manuel Cordoba qui poursuivait son récit :

— Lorsque je revins du Fleuve des Pierres, j’avais comme une force magnétique que je pouvais utiliser même avec les fauves ; j’arrivais à les dominer uniquement par la vue. La preuve, c’est que quand un malade était affligé de douleurs aiguës, on m’appelait pour l’examiner. Il me suffisait d’arriver à ses côtés, de lui parler puis de lui faire soutenir mon regard un moment pour lui ôter ses douleurs. Les gens se demandaient : quel est cet homme qui nous guérit rien qu’à nous regarder ? Voilà comment je suis devenu célèbre à Iquitos. J’ai cette chance de convertir la maladie, ce que les médecins ne peuvent pas faire. Et ce n’est pas que les médecins ne sachent pas ; c’est qu’ils ne sont pas préparés à la guérison de certains types de maladies. C’est la Nature qui m’a fait don de cette profession.

Pour plus d’information sur ce livre, on pourra consulter le site web de Yvo Pérez Barreto.

vendredi 20 janvier 2012

Betty Bibbs : “Pounds of Soul”



Réalisé par Julien, pour “Nos Libertés”, le 20 janvier 2012.

jeudi 19 janvier 2012

L’Amour et la Politique vus par un taxi


L'Amour et La Politique vus par un taxi par NosLibertes

“L’Amour et la Politique vus par un taxi” (2012), réalisé par Chrystelle pour “Nos Libertés”.

Merci de soutenir notre travail d'investigation



- page 1 de 120