Zone Urbaine Militarisée : une guerre silencieuse
envoyé par CPDNMN
Informations reprises par Frédérique, pour le collectif "Nos Libertés", le 10 février 2010
Source : Comité Populaire des Nouveaux Malgré Nous à Tours.
Le quartier du Sanitas est une Cité unique en France avec 4 000 logements sociaux en centre-ville. Hé oui : le Sanitas est en centre-ville et la ville n’en peut plus, elle ne veut plus de certains habitants et de sa « zone ». Elle aimerait bien les voir disparaître, se désintégrer ou qu’ils se détruisent eux-mêmes. Le tramway, c’est LE Plan.
Ce que la municipalité oublie de nous expliquer, c’est qu’elle va « normaliser-sécuriser » le quartier avant la venue du tramway, qui devrait emprunter, en venant de la gare, la rue Blaise Pascal en passant par le boulevard de Lattre de Tassigny, pour prendre ensuite l’avenue du Général de Gaule et rejoindre la place de la Liberté. Elle ne lésinera pas sur les moyens qu’elle va utiliser et même la force pour faire partir ailleurs une partie des habitants du quartier du Sanitas. La militarisation (caméras, barrières, barreaux, les porches inaccessibles…), la déclaration de guerre et ensuite la pacification sont des scénarios tout à fait envisageables. Après tout, nous sommes un pays en guerre avec des troupes engagées à l’étranger, mais la France a un ennemi intérieur : Le Pauvre. Le rapprochement police-armée, instauré par le gouvernement Sarkozy, y contribuera au besoin. Un peu comme si notre quartier était une zone de guerre en Afghanistan, ou un quartier de Bagdad qu’il faut « nettoyer ». Le vocabulaire utilisé par les médias est le même pour éviter d’expliquer qu’il y a une grande pauvreté, de la peur, du chômage, de la délinquance, des habitants en détresse, qui se cachent parce qu’ils ont honte de leur situation qu’ils vivent comme une véritable humiliation, et la ville de stigmatiser la violence plutôt que de regarder ce qui a échoué depuis plus de 20 ans. Elle ferait mieux de remettre en question sa politique des quartiers, plutôt que de nous accuser de ses propres échecs, et agir enfin avec nous et pour nous, plutôt que pour elle-même et dans la seule optique de conserver ses privilèges. À un quartier difficile déclaré Z.U.S. elle a préféré le triomphe, la force et l’arrogance bourgeoise face à la fragilité des gens qui n’ont rien. Où il y a absence de volonté sociale, parfois cela en est une : L’Exclusion.

Le Tram, c’est Le Plan, le super-jouet, un Cheval de Troie pour faire diversion. La ville et la région, aidées par des médias sédatifs, canaliseront l’attention de tous sur les bienfaits du Jouet, du Tram. D’une part, les uns vanteront les bienfaits et tout le monde y ira de sa petite histoire et de son idée sur le sujet, et d’autre part, ses détracteurs qui feront du bruit, et ce à juste titre, seront taxés d’être des « terroristes anti-progrès, pollueurs » qualificatifs faisant d’eux des personnes peu fréquentables, qu’il faudra éviter à tout prix… L’écologie, argument coup de balai sur les discussions, l’emportera sur tout, et ainsi le non-débat continuera, la vérité sera noyée et tout le monde jouera à « Ah ! Comment cela marche vachement bien la liberté d’expression dans la république totalitaire. » Cela marche comme le traité de l’union européenne, souvenez-vous : tout le monde avait dit NON. Mais, en coulisse se décidera, hélas cela ne sera plus un jeu, l’avenir de quelques pauvres à qui la municipalité proposera peut être un pécule — ce n’est pas certain, la bataille s’annonce difficile, personne n’est propriétaire – en tout cas les obligera à quitter les lieux tant convoités. La tentation financière et la présence militaire venant motiver le départ. Elles précipiteront les "bougres" vers un lieu dont on ne parlera jamais, loin de tous et de tout et surtout loin des yeux.

L’évidence sert à cacher la vérité. On a vu une partie de la panoplie de la gestion sécuritaire de la ville de Tours, et tout cela en fait participe d’une normalisation de l’usage de l’espace urbain qui s’inscrit dans une perspective beaucoup plus large, qui porte le nom d’Architecture de Prévention Situationnelle, ou « Defensible Space » : aménager les lieux pour prévenir le crime. Voilà ce que cache la politique de « résidentialisation ». Le « Defensible Space » est un principe mis au point dans les années 1960 en Angleterre et aux Etats-Unis, c’est par définition un espace qui doit être par lui-même défendable, par sa structure, par ses formes, il doit être en lui-même dissuasif.
Dans “Tours Infos”, mensuel municipal d’informations, de février 2010, on peut lire page 4 :
Un architecte de la Fondation Hulot aux commandes :
“L’objectif fixé : une consommation d’énergie deux fois inférieure à celle d’un bâtiment respectant les normes en vigueur. "Le travail le plus remarquable portera sur l’enveloppe du bâtiment", note Aline Rollin, ingénieur de l’OPAC, maître d’ouvrage délégué. Pour éviter absolument les déperditions de chaleur, le blockhaus est en théorie un modèle « parfait », mais Nicolas Favet veut aussi prouver que le geste architectural est possible, (si ce n’est pas du verbiage çà !) quand bien même la présence de vitrages doit être limitée. « Mon projet, s’il est sobre », explique-t-il, « s’accorde avec harmonie au dessin rigoureux des bâtiments principaux du quartier… »
Cela revient à dire qu’en regardant le camp du Sanitas, un blockhaus conviendra parfaitement avec les bâtiments déjà hideux du quartier.. Haha le dessin rigoureux… Nous aimerions bien vous rencontrer pour en discuter sobrement et très rigoureusement.

Étrange, non ? Que le Sanitas ait pu inspirer un blockhaus ! Ils ont une imagination incroyable ! Aline Rollin trouve que le travail remarquable sera l’enveloppe du bâtiment. Nous sentons également ce besoin absolu d’éviter toute déperdition de chaleur c’est presque une obsession. Et la meilleure des réponses fut une conception qui puisse faire double emploi : le blockhaus. comme modèle « parfait ». D’un côté, il permet d’éviter toute fuite de chaleur à des fins bio-économiques (vous y croyez, vous ?) et de l’autre, bien sûr moins avouable, de protéger les futures start-up des attaques possibles de l’extérieur. La population entière est coupable d’être pauvre et donc potentiellement délinquante et criminelle. En attendant que tout le monde soit dégagé et le secteur assainit, la meilleure des constructions, répondant à ces deux critères chaleur et protection en Zone Urbaine Militarisée, reste le blockhaus.
C’est un espace qui est, par définition, lui-même défendable, par sa structure, par ses formes. Il est en lui-même dissuasif. Nous retrouvons ici un exemple d’Architecture de Prévention situationnelle. Un aménagement des lieux pour prévenir le crime. Nous sentons également quelque chose de l’ordre de la prouesse technologique d’écologie en milieu pauvre militarisé, « mitarisé », après la cité radieuse le blockhaus moderne. Aline est fière ingénieuse et point une belle ingénue, elle turbine. Vas-y Aline c’est bon, c’est bon… Comme dans la chanson.

Nicolas Hulot, quant à lui, nous explique, avec beaucoup de classe et même avec panache, qu’il va nous faire gober avec une grande sincérité que son bâtiment s’inscrira parfaitement dans l’architecture du quartier. Il suffit de l’écrire et le répéter dans tous les magasines et organes de propagande municipale pour que tout le monde y croit… C’est le consentement. Mais par quoi tout le monde a-t-il été inspiré ? Comment en est-on arrivé à parler blockhaus ? Comment sort de la bouche de professionnels chargés de nous administrer et veiller à notre qualité de vie le mot blockhaus ? Que se passe-t-il à ce moment précis ? Est-ce que tout le monde dit "oui, oui c’est bien un blockhaus, c’est une bonne idée pour ce quartier, cela va être très joli et ce côté paisible et agréable du blockhaus ça va certainement faire plaisir aux habitants et les rassurer ?"
Un blockhaus cela ne vous fait-il pas penser à des morts plutôt qu’à des vivants ? Quand j’étends blockhaus je pense à :
- Ghetto
- Sécurité
- Zone
- Défense
- Concentration
- Prison
- Guerre
- Mort
- Nazi
- Surveillance
- Internement
- Destruction
- Isolement
- Torture
- Massacre
- Pacification
- Pogrom
- Charnier
- Terreur
- Militaire
- Déportation
- Horreur
- Camp
- Nettoyage
- Épuration
- Extermination
Pour aller plus loin : Comité Populaire des Nouveaux Malgré Nous à Tours.

















