
9 heures, le mardi 23 juin, devant l'entrée principale de la préfecture à Châlons : Emmanuel Galante le rebelle, cigarillo aux lèvres, dresse une pancarte d'information surmontée du drapeau aux douze étoiles de l'Europe, déplie un transat et pose un sac, contenant couverture, une lampe torche, de l'eau, de la lecture, un bob pour le soleil. Quel courage !
« Je veux que deux députés européens viennent me dire ce qu'ils pensent des lois françaises sur le sujet. Pas le FN, par conviction personnelle, et pas ceux qui sont aux ordres, comprenez l'UMP ! ».
Il sort aussi une chaîne, de plusieurs mètres de long, enroule une extrémité à son cou qu'il ferme par un premier cadenas, encercle l'autre extrémité à une des colonnes de pierre, et hop, appose un second verrou.
D'évidence, l'ensemble ne tiendrait pas plus de quelques secondes face à la moindre pince coupante, mais le symbole est là : le Châlonnais, patron du bar "Le Club", sans doute le dernier professionnel de France à défendre activement la cause des fumeurs à l'intérieur des établissements comme le sien, est décidé à camper et à marteler son message : « un décret, ça s'aménage ».
Camper, sans prendre de nourriture. Un ter repetita des deux grèves de la faim (dont une de 26 jours avec hospitalisation) qu'il avait déjà entamées il y a plusieurs mois. Il avait dû être hospitalisé après avoir perdu 15 kilos, puis avait réitéré son jeûne pendant 20 jours après sa condamnation.
Camper pour échanger avec les gens : « Beaucoup de jeunes s'arrêtent, les automobilistes klaxonnent ». Camper « au moins jusqu'à vendredi » dit-il, gêné tout de même d'avoir à répondre à la question, quid de ses besoins naturels ? : « J'ai une bouteille vide. Et comme je ne mange pas, alors... »
Enchaîné jusqu'à vendredi parce que c'est à cette date que doit se prononcer la cour d'appel de Reims sur une première condamnation du tribunal de proximité à 300 euros d'amende. Une amende prononcée en janvier pour « aide ou incitation à la violation de l'interdiction de fumer dans un lieu à usage collectif ». Emmanuel Galante est aussi sur le coup d'une autre condamnation écopée le 8 juin, à savoir 400 et 500 euros, pour des infractions similaires constatées en décembre 2008. Lui et son avocat ont également fait appel de la décision et déposé une plainte devant la cour européenne des droits de l'Homme.
«Je me bats toujours pour l'aménagement du décret de loi sur l'interdiction de fumer et pour que ceux qui le veulent puissent fumer dans mon bar. Je suis prêt à rester enchaîné ici jusqu'à ce que la loi change et que la France respecte les directives européennes qui lèvent la prohibition du tabac pour les bars sans employés», a-t-il expliqué.


